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Témoignage de Tierry Torche le 8 octobre pour la prépartion de la journée mondiale du refus de la misère.

mardi 24 octobre 2006 -

Dimanche 8 octobre, en préparation de la journée mondiale du refus de la misère, le collectif de Saint Etienne du 17 octobre a organisé une journée à Cuzieu avec les familles.
En matinée le débat avait pour thème : " Comment la culture et le savoir m’aident à refuser la misère ?" Le débat s’est construit à partir du témoignage de Thierry Torche. Ancien SDF il vient de terminer un livre avec la sociologue du CRESAL Pascale Pichon : « S’en sortir, essai autobiographique d’un ancien SDF ».

Mon parcours :

Abandonné par ma mère à l’age de 6 semaines, je suis recueilli par une arrière grand-mère jusque 6 ans puis placé dans une famille d’accueil à la campagne, j’en serais retiré par un juge pour enfants suite à mauvais traitements avérés (coups et blessures, chantage) à 17 ans. Livré à moi même depuis ce moment là, j’ai des difficultés à me construire par manque de modèle concret car je me réfugiais dans la lecture intensive et me créais donc mes propres modèles virtuels. Durant cette période de placement, je poursuivrais des études jusqu’au bac avec des résultats honorables car l’école était aussi un moyen de sortir de ma condition. A 17 ans, je rate mon bac et, la DDASS refuse de payer des études suite à cet échec. C’est alors la plongée dans le monde du travail à travers différents emplois administratifs, d’employé de bureau à directeur adjoint de supermarché. Vie en couple, naissance d’une petite fille en 1977 puis en 1985, explosion de ma vie de couple. Je quitte ma région pour Paris, commence à avoir des problèmes pour trouver du travail, quitte Paris pour la région Lyonnaise où ça ne s’arrange pas.1986, début de la clochardisation, je survis en vivant dehors ou en squat et intègre ATD Quart Monde.1997, fin de la clochardisation.

Différentes étapes liées à la culture :

Mon but inavoué (inconscient ?) était de sortir de la rue. Je rencontre donc ATD par le biais d’une militante qui me nourrit à la condition que j’aille voir le responsable d’ATD. J’accepte mais refuse de répondre à des questions concernant ma vie. Le responsable accepte et je suis donc intégré à ATD.
Deux réflexions dans lesquelles je me retrouvais font que j’y suis encore. La première de Joseph Wresinski : « C’est le savoir et la culture qui permettront aux pauvres de sortir de la misère » et la seconde de Mao Tsé Toung : « Pour avoir le pouvoir, il faut maintenir le peuple dans l’ignorance » (ces phrases sont approximatives). Il me semblait que tout était dit dans ces deux réflexions.
A ATD, je participe aux universités populaires puis à diverses rencontres avec des décideurs. Je crée une bibliothèque à partir de livres récupérés (bibliothèques municipales, le progrès etc). Je l’anime pendant 5 ans en présentant un livre à chaque début d’université populaire, je passe de 0 lecteur à environ 80 au bout des 5 ans. En 1997, j’arrive à Saint Etienne, c’est le début de ma sortie de la rue. Je vis chez une alliée du mouvement que j’ai rencontrée pendant un voyage au Benelux. J’anime la semaine d’avenir partagé pendant 2 saisons avec les enfants du quartier de la Dame Blanche.
En 2000, je voulais créer un atelier théâtre, on me propose un atelier informatique, je crée donc un atelier « écriture-informatique » en partenariat avec l’école des mines de Saint Etienne, à travers l’utilisation de l’outil informatique. J’essaie d’intéresser les personnes à la lecture et à l’écriture en utilisant une pédagogie personnalisée. Une des personnes se dirigera vers une formation à « Echange et promotion » et en sortira avec un diplôme CFG (Certificat de Formation Générale) Un nouveau partenariat vient-il de naître ?
Dans le même temps, je travaille avec Pascale Pichon, sociologue au Crésal de St Etienne (CNRS) sur un livre d’entretiens retraçant mon parcours : « S’en sortir, essai autobiographique d’un ancien SDF ». Le livre est fini en mars 2006. La date de parution n’est pas encore déterminée.

Différentes étapes matérielles :

ATD ne m’a pas aidé physiquement, ni matériellement à sortir de la rue, mais m’a maintenu en lien avec la réalité, c’était un endroit où j’aimais à me ressourcer. Quand je suis arrivé à St Etienne, je vivais chez ma compagne, on m’a donc coupé tous mes droits sociaux, j’ai donc du prendre un logement personnel afin de retrouver mes droits (RMI, droits au CES etc). Mais mes droits redémarraient de la date de mon indépendance. Il a fallu que j’écrive au Ministre des affaires sociales de l’époque (Martine Aubry) afin de retrouver tous mes droits.
J’ai décidé de suivre une cure de désintoxication alcoolique afin de me libérer de cette dépendance, mon médecin m’a suggéré de faire une formation en pratiques addictives à la faculté de médecine, chose que j’ai faite. Pour remplacer l’alcool, j’ai décidé d’apprendre l’informatique, avec les conseils de quelques personnes, je me suis donc plongé là dedans, c’est ce qui m’a donné l’idée de créer l’atelier écriture-informatique.

Quelques réflexions :

-  Je fais souvent le parallèle entre handicap et exclusion. En effet, quand vous êtes handicapé, on voit surtout tout ce que vous ne pouvez pas faire en oubliant tout ce que vous pouvez faire, on en oublie que vous avez des capacités. C’est un peu l’histoire de la ficelle cassée à laquelle on a fait un nœud, on ne voit plus que le nœud !
- Moins on gagne d’argent, plus on est suspect, nul n’est plus contrôlé qu’un rmiste ! On demande très souvent aux pauvres de venir témoigner de leur pauvreté mais rarement aux riches de venir témoigner de leur richesse. Pourquoi ? Il serait pourtant intéressant de savoir comment on devient riche, car devenir pauvre, ça n’intéresse personne !
- Un diplôme ne valide qu’un savoir de base, il n’apprend pas la vie.
- Il faudrait que les travailleurs sociaux arrêtent de recevoir des « problèmes », qu’ils se mettent enfin à recevoir des individus !
- Ma définition de la culture :
 Le savoir de base : lire, écrire, compter etc.
 L’expérience ou connaissance qui permet de mettre en œuvre le savoir de base et de le confronter à la réalité de la vie
 L’environnement personnel qui permet d’avoir une certaine culture générale propre à soi
 La culture proprement dite qui est liée à la personnalité des individus, à leurs envies, leurs besoins, à leur soif de connaissance (ex : la lecture chez moi est liée à un besoin d’évasion lié à mes conditions de vie pendant l’adolescence)
- Ne pas mettre en avant le fait d’être « exclu ». Histoire du moineau : Un moineau picore sur une route enneigée, passe une charrette tiré par un cheval, le cheval déverse son crotin sur le moineau, celui ci se débat pour se libérer et piaille de toutes ses forces, il finit par y arriver, Un renard qui passait par là, entendant ses piaillements l’attrape et le mange : moralité, quand tu es dans la merde, ne le crie pas sur les toits !

Le débat :

Est-ce que votre livre peut aider d’autres personnes ?
Il peut faire prendre conscience d’une certaine réalité. J’y parle entre autres des travailleurs sociaux que j’ai rencontrés durant mon parcours, de mes rapports avec eux, je ne donne pas de solutions mais préconise certaines attitudes. Mais mon parcours reste personnel. La solution adaptée est en chacun de nous.

Qu’est-ce que ça a changé de ne plus coucher dehors ?
Quand j’étais à la rue, mon avenir s’arrêtait le soir même car je vivais au jour le jour. Depuis ma sortie de la rue, je peux me projeter dans l’avenir sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Dans la rue, l’avenir se résume à trouver des solutions à court terme : où vais je manger, où vais je coucher ce soir etc.

Avec le théâtre, on s’exprime mieux. Mais s’inscrire dans une compagnie coûte cher. Pourquoi ne pas créer un atelier théâtre permanant à ATD ?
Oui pourquoi, je vous le demande, voir atelier informatique plus haut !

Nicole :
La culture c’est d’abord ce qui nourrit une richesse intérieure. C’est aussi une façon d’exister et de devenir un interlocuteur avec qui il faudra compter dans le débat citoyen et l’exercice de la démocratie et d’être reconnu par les autres, c’est un droit fondamental.

Martine
J’ai été SDF 8 mois. A 2 mois j’ai été placé jusqu’à 21 ans. Je suis allé deux fois dans ma famille en 21 ans. C’est difficile de ne pas connaître sa famille. J’ai tout reporté mon amour sur mes enfants.
J’ai écrit des poèmes sur la situation réelle. En 1982 je suis entré à ATD Quart Monde. J’étais en train de couler, et avec ATD je suis remonté. J’ai appris à me passionner pour la lecture.
Quand on parle et qu’on est écouté, on apprécie.

Murielle :
J’aimerais connaître plus de choses, notamment sur le travail pour les handicapés.

Jean :
Il est nécessaire de creuser la complémentarité entre avoir besoin de savoir des choses et aussi être relié. Etre relié sans contenu ne sert à rien, et savoir sans être relié ne sert à rien non plus. Donc il y a un lien à faire entre savoir et être en lien. Avec des assistantes sociales, ce qui est souvent reproché c’est de ne pas avoir une relation.

Martine :
Avec le théâtre on s’exprime mieux. Mais s’inscrire dans une compagnie coûte cher.
Pourquoi ne pas créer un atelier de théâtre permanent à ATD Quart monde.

Mauricette :
Lors de la journée du patrimoine, je suis allé visiter Pomier en Forez. Avec ATD Quart Monde je suis aussi allé voir une comédie musicale. Mais il faut avoir les moyens pour y aller plus souvent. Alors je regarde sur ARTE.
Il faut savoir que tous les premiers dimanche de chaque mois, les musées sont gratuits avec une visite guidée. Il y a aussi la médiathèque et la cinémathèque.

Nicole :
A partir de novembre, le vendredi après midi, Echange et Promotion va ouvrir un temps de rencontre informel à la bibliothèque, pour échanger des informations, des lectures, une chanson, un poème, repérer ce qui est intéressant à faire ou à voir. Il faut savoir par exemple que tous les premiers dimanche de chaque mois, les musées sont gratuits avec une visite guidée. Il y a aussi la bibliothèque Municipale et la cinémathèque qui proposent des animations très intéressantes et de qualité tout au long de l’année.

Jean :
L’accès à la culture veut dire deux choses :
-   Accéder au patrimoine de notre société
-   Accéder à la conscience qu’on participe à cette culture.

Liliane :
Je suis élue locale et conseillère générale. On pense souvent l’accès à la culture en terme de tarif. Il faut peut-être que la culture se déplace, que le théâtre sorte de ses murs, aille vers les habitants, pas seulement que les gens accèdent à la culture.
Pour un égal accès à la culture il est nécessaire que la culture sorte de ses murs.

Jean :
Là encore il y a deux choses complémentaires à développer : il est nécessaire d’avoir des liens entre nous (le « dedans ») et aussi d’établir des liens avec d’autres personnes et groupes ( le « dehors »).

Pierre :
Dans les quartiers, ce qui fait le plus mal aux familles, c’est qu’elles se rendent compte qu’on ne fait pas du beau, et surtout qu’on ne leur demande jamais leur avis.

Nicole :
La culture c’est le beau, c’est ce qui nous fait plaisir, c’est avoir envie. C’est se dire qu’on a droit à cette beauté. Il est nécessaire de s’approprier cette culture et exister pour les autres et soi-même.

Rose :
Ca fait vraiment du bien d’être reconnu, quand les gens voient qu’on ne dit pas de bêtises. Avoir un savoir ça donne de la reconnaissance.

Tierry Torche
La culture a toujours été présente dans ma vie depuis mon enfance, certes, elle ne m’a pas empêché de tomber dans la misère matérielle mais elle m’a permis de tenir le coup dans les moments difficiles et aujourd’hui, elle me permet de sortir de la rue, la tête haute et en cette journée mondiale du refus de la misère elle m’a permis de venir dialoguer avec vous. La culture peut aider à sortir de la misère. Comme Joseph Wresinski, j’en suis plus que jamais persuadé.
Merci

La culture peut changer quelque chose à la misère si elle est partagée.

Témoignage produit à l’Université populaire européenne du Quart Monde, le 9 juin 1995, par la délégation des familles de Rennes, et lu au cours du débat par Martine.

Nous savons bien que le monde change.
Nos grands parents n’avaient pas la même manière de vivre que nous, et nos enfants vivront aussi d’une autre manière.

Pour le monde de demain, il faut que les portes s’ouvrent, il faut des relations et du partage, chacun a quelque chose à apporter. Chacun doit avoir accès à la culture pour développer ses capacités et apporter sa contribution.

Par exemple, quelqu’un qui ne sait ni lire, ni écrire, se retire des responsabilités par peur d’avoir honte.
C’est la peur d’être rejeté qui fait se renfermer. Pourtant chacun est capable.
Savoir lire et écrire, c’est la base de la culture ; sans ça on n’est pas libre dans sa tête et on est toujours dépendant.

Il faut essayer de construire, là où on est, un monde qui ne soit pas séparé.
Ce qui est important, c’est de pouvoir se rassembler car c’est comme ça que chacun peut développer ses propres savoirs.
On sait que la misère c’est tout ce qui casse les relations entre les gens, c’est quand on laisse quelqu’un tout seul sur le côté.
Ceux qui sont dans la misère, c’est ceux qui ne sont plus reliés aux autres.

C’est pour ça que la culture est importante pour lutter contre la misère car la culture, c’est ce qui relie les gens entre eux : et nous, dans le Mouvement, on apprend à être ensemble, à se rencontrer pour partager nos savoirs. On sait que cela aide à changer la vie parce que ça donne la force de dépasser les difficultés.

Pour terminer, on voudrait dire que la culture peut changer quelque chose à la misère, si elle est partagée.

Forum

Date par Message
29/05 Jessica Témoignage de Tierry Torche le 8 octobre pour la prépartion de la journée mondiale du refus de la misère.

Bonsoir serais-t-il possible d’être mis en relation avec Monsieur Torche ? J’écris actuellement un livre sur les SDF et la précarité et je souhaiterais recueillir son témoignage.

cordialement, Jessica

31/05 Georges Günther Témoignage de Tierry Torche le 8 octobre pour la prépartion de la journée mondiale du refus de la misère.
L’e mail de Mr Torche : TIERRYT@aol.com

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