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Des démarches concrètes pour d‘autres conceptions du travail social. Quelles perspectives ouvrent-elles ?

Retour sur la rencontre du 20 octobre 2011 à l’IREIS de Firminy

samedi 24 décembre 2011 -

Jeudi 20 octobre 2011 lors d’une rencontre à l’IREIS de Firminy à l’initiative du groupe "Le travail social dans la crise" (localisé à St Etienne), plusieurs démarches concrètes basées sur d’autres conceptions et d’autres pratiques dans le travail social, ont été présentées et discutées (voir : " Des initiatives concrètes, pour d’autres orientations du travail social").
Dans le texte ci dessous le groupe le travail social dans la crise revient sur ce débat en essayant d’identifier en quoi ces démarches sont porteuses d‘autres conceptions du travail social, quelles perspectives ouvrent-elles ?
Ce texte est un appel à poursuivre le débat. Donc les réactions, réflexions sont attendues.


Le commun de ces démarches, c’est le sentiment d’inacceptable.

Ce qui est inacceptable, c’est la somme des exclusions que la plupart des gens peuvent aujourd’hui vivre : exclusion de la vie économique, exclusion de la vie sociale, exclusion de la pratique de la vie culturelle, exclusion évidente de la vie politique et de la possibilité de pouvoir participer concrètement à la vie politique.
Cette exclusion elle se manifeste par quelque chose de très concret : l’éloignement des institutions.
Christophe DEJOUR parle de désolation. Notre sol commun qui s’effondre. L’effondrement de cette évidence que notre humanité repose sur des liens d’entraide et de solidarité.

C’est à partir de cet inacceptable que nous nous mettons en mouvement. Cet inacceptable amène de plus en plus de monde à découvrir que la véritable richesse, le véritable travail, c’est peut être en dehors des institutions que nous pouvons aujourd’hui le réaliser. Nous découvrons que ce sont dans ces endroits où il n’y a rien que nous rencontrons ceux qui ont le plus besoin de nous. Dans ces espaces dépourvus de tout, nous arrivons enfin à prendre le contrôle de nos existences.

L’inacceptable, c’est aussi cette stratégie installée dans tous les secteurs : le développement du management.
Une stratégie pour isoler, mettre en rivalité, où personne n’est responsable, où tout nous échappe, où il n’est question que de rentabiliser.
Une démarche incompatible avec les qualités que requière la responsabilité d’être auprès des personnes en situation de vulnérabilité.

Nous comprenons également que les catégories nous isolent toujours plus les uns des autres, alors que la société a tous ces visages, elle est multiple et complexe. Notre champ de responsabilité en tant que travailleurs sociaux c’est de nous adresser tous à des personnes qui sont en situations de vulnérabilité et qui ont de moins en moins accès aux droits, qui sont de plus en plus précarisées. Notre responsabilité est de chercher avec elles des solutions.

Pour retrouver le sens du travail social, nous sentons le besoin de trouver d’autres espaces qui se construisent de façon communautaire.

Le travail social de demain que décrit Laurent OTT :
« Le travail social de demain devra s’ouvrir à de nouvelles dimensions, celles de l’inconditionnalité, sortir des catégories, de la déficience, des étiquettes, de là où il est dit qu’on ne peut pas travailler, de là où il est dit qu’il n’y a pas de progrès possible.
Le travail social de demain devra aussi aller vers la globalité. Il faut permettre aux gens de trouver une place active, une place d’auteurs dans la société.
Or nous découvrons que de plus en plus de personnes sont privées de la production, nous ne savons plus produire, nous ne savons plus travailler pour produire. De plus en plus de gens sont privés de cette activité de production.
Le travail social de demain il devra avoir une énorme dimension de collectivité et de convivialité car nous vivons dans une société où nous avons produit un individualisme qui nous enferme, qui nous isole, qui rend les gens malades, désespérés. Cet individualisme, nous l’avons construit parce que nous vivons dans une image de la société, de la citoyenneté qui nous fait croire que le collectif est l’ennemi de l’individu, qui nous fait croire que l’individu est le but de la société et de la collectivité. Les collectifs que nous avons créé permettent aux gens de venir et de s’exprimer, de prendre une place. La collectivité n’est pas l’ennemie de l’individu, elle est au contraire sa condition
 »

Les démarches que nous avons présentées à l’IREIS, émergent de constats de la réalité et ouvrent l’espace à de nouvelles orientations du travail social à de nouvelles conceptions communes.

I- Atelier des enfants accueil des familles

C’est un regard sur une réalité particulière, sur ce que manifestent les habitants. Un autre positionnement du travailleur social.
Les enfants qui se retrouvent souvent dans la rue, sans protection d’adultes sont en danger, ils peuvent être victimes d’agression, témoins d’actes violents. Ils sont propulsés dans un espace où c’est la loi du plus fort qui gouverne. Ils montrent le besoin d’un cadre rassurant donné de façon claire, solide et cohérent au sein de notre groupe et aussi sur le quartier.
On part de constats inacceptables : les enfants qui se retrouvent seuls dans la rue, les contraintes et les limites des institutions qui sont censées apporter une réponse aux besoins fondamentaux, les centres de loisir qui ne peuvent plus toujours prendre en compte la réalité de certaines familles (liste d’attente, prix, ...)
On prend en compte cette réalité. Ce qui est proposé se fait à partir des besoins repérés : besoin de présence adultes auprès des enfants dans un quartier où certaines familles se retrouvent très isolées, besoin de construire des liens d’entraide et de solidarité, besoin de retrouver ensemble de la sécurité et du bien être.
On expérimente, on en tire des enseignements, on sent peu à peu se profiler des espaces possibles.

Ce qui est proposé est forcément évolutif, imprévisible, pas pré établit. L’adulte présent est à l’écoute de ce qui se met en route, des initiatives, des propositions qui émergent de ce vécu commun.

Lorsqu’on occupe l’espace publique, en proposant un temps construit, les enfants en premier puis les parents, sortent de chez eux, s’intéressent à ce qui est proposé, viennent discuter. Une dynamique collective se met en route.
Quand on propose un cadre clair aux enfants, ils répondent de façon positive.
Quand on intervient de façon adaptée dans les différents conflits, les enfants manifestent leur envie d’apprendre à gérer positivement les conflits.

Chacun ressent que les règles de respect mutuel sont la bonne solution pour vivre ensemble de façon à ce que chacun trouve sa place. Car n’est-ce pas en habituant dès son plus jeune âge un enfant, quel que soit ses atouts ou ses faiblesses, à co-construire une vie de groupe, à agir dessus, à s’exprimer, à gérer les conflits, à développer son intérêt, qu’on lui permet de devenir un citoyen engagé, critique et responsable ?

Nous nous sentons proche du mouvement de la pédagogie sociale qui part du principe que nous sommes « collectivement responsables de l’éducation des enfants ».
Le soutien à la parentalité c’est surtout renforcer « le cadre éducatif » des enfants, par une présence adulte sur le lieu de vie des enfants, et qui tienne dans la durée.
Notre présence auprès des enfants et des familles, participe à la mise en place de cette communauté éducative. Enfants et parents se mobilisent, participent. On découvre que la présence des uns et des autres apporte quelque chose de positif.
C’est une mise à disposition pour tous les enfants et pour les adultes qui le souhaitent, avec le principe de libre adhésion. Il n’y a pas de repérage des problèmes, d’incompétences supposées.
L’adulte présent n’a pas une position d’expert, il est attentif, disponible, garant d’un cadre de façon à assurer le bien être et la sécurité de tous.
Cette attitude favorise la participation, la prise d’initiative, où chacun à sa mesure contribue à la réalisation du bien commun.
Les parents manifestent leur intérêt sur ce qui est proposé à leurs enfants. Ils se mettent à parler de ce qui les préoccupent mais aussi de leurs envies. Certains viennent à notre rencontre, s’accordent le temps de jouer avec leurs enfants. On dépasse des préjugés, par exemple que les parents se déchargent de leur responsabilité si la collectivité assure une présence auprès de leurs enfants. Nous constatons le contraire, les mères qui nous rejoignent nous disent que c’est la première fois qu’elles jouent avec leurs enfants.

(Pour une présentation détaillée de cette démarche voir notamment : « ATELIER DES ENFANTS, ACCUEIL DES FAMILLES »)

II- Organisation en assemblée avec les outils de la pédagogie institutionnelle

Ces assemblées sont un lieu d’apprentissage de la vie sociale, créateur de nouveaux dynamismes, qui donnent aux personnes une meilleure compréhension de la réalité à laquelle elles sont confrontées, qui permettent aux travailleurs sociaux d’ouvrir leur regard sur ces personnes vulnérables et sur leur potentiel.

Nous intervenons dans un contexte légal et institutionnel au sein d’un foyer faisant partie d’une association.
Contexte légal selon les textes de lois 2002-2 sur la rénovation des institutions du secteur médico-social et 2005 sur l’accès à la citoyenneté des personnes handicapées. Nous devons replacer la personne au centre, lui donner l’occasion de s’exprimer sur sa vie au sein de l’institution.
L’orientation psycho-éducative choisie est la pédagogie institutionnelle. Cette dernière loin d’être de simples techniques éducatives est en réalité un réel positionnement psycho-éducatif. Pas d’attitude protectrice vis-à-vis des personnes accompagnées mais une rencontre individuelle et collective, dans le sens de l’humain, en s’appuyant avant tout sur la parole de l’autre, ses idées, ses demandes, ses aspirations. En créant au sein d’une institution un espace de parole instituant où le fonctionnement, les règles, se discutent, s’élaborent, tous ensemble : résidents, personnel et direction.

Cette orientation psycho-éducative demande une remise en question des schémas traditionnels des organisations sociales verticales et autoritaires pour aller vers un partage du pouvoir avec les premiers concernés.
C’est une lutte pour maintenir les droits fondamentaux des personnes accompagnées prévus dans les lois au sein des établissements qui sont sensés les mettre en application : écoute, respect des personnalités de chacun, création de lieux de débats et de décisions ou les personnes auront un impact sur leur lieu de vie, sur leur domicile.

L’assemblée favorise l’analyse des situations et la prise de décisions collectives. En effet, la verbalisation, la mentalisation des affects permettent de ne retenir que les questions importantes à la vie individuelle et collective.
L’assemblée facilite l’analyse des faits, des situations rencontrées et permet, du coup, de rechercher ensemble des solutions adaptées. C’est en cela qu’elle constitue le lieu d’un pouvoir instituant.
C’est enfin, un moment de langage, créateur de nouveaux dynamismes. C’est un lieu de création de lien, où l’on est confronté aux autres, où l’on fait l’apprentissage d’une vie sociale. Les personnes accompagnées se préparent ainsi à une insertion dans la cité.

Cette manière d’entrer en relation avec l’autre n’est pas en action uniquement lors des assemblées. C’est une posture qui guide notre action même en accompagnement individuel. On se place à coté de la personne, on l’accompagne dans sa quête de solution face à ses problématiques sans jamais se substituer à elle. On part de ses aspirations, de ses désirs, de ses intérêts. Pour qu’elle se permette de nous en faire part ou pour les verbaliser tout simplement, l’assemblée est en ce point un bon exercice de développement des capacités d’autonomie intellectuelle et affective.

Les effets d’un tel positionnement éducatif sont nombreux chez les personnes que l’on accompagne :
-  une envie de s’intégrer dans des groupes sur l’extérieur (activité, loisirs) ;
-  un intérêt pour le monde qui les entoure (événements, politique…) ;
-  une envie pour certains de vivre comme tout le monde (sortir du foyer…) ;
-  une co-organisation pour la vie en collectivité, pour des sorties le Week-end ;
-  un éloignement de la présence autoritaire de l’éducateur au profit d’un réel accompagnement « à coté de » ;
-  pleins d’idées qui émergent chez les uns et les autres pour changer les choses ou améliorer sa vie au quotidien….

(Pour une présentation détaillée de cette démarche voir : " Des initiatives concrètes, pour d’autres orientations du travail social" et le PDF à télécharger)

Dans toutes ces démarches nous élaborons ensemble une dynamique collective, où chacun trouve sa place. On n’est pas dans le contrôle, on est juste dans la présence, la disponibilité, l’attention. Nous nous mettons à la disposition des personnes pour soutenir les idées et favoriser l’initiative, pour devenir avec les personnes, acteurs, partie prenante dans les affaires qui nous concernent tous !!!
Ce sont nos affaires sociales, et nous agissons tous ensemble pour le bien être de tous.
Nous retrouvons l’espoir, le bien être ensemble, le sentiment de faire un travail utile. Nous devenons témoins des transformations des personnes quand elles trouvent leur place parmi les autres : leur capacités à prendre des initiatives, à s’engager, à participer….
Nous retrouvons cette évidence que notre humanité repose sur des relations d’entraide et de solidarité.

Chaque fois, dans notre histoire, quand nous avons été confrontés collectivement à des situations difficiles, ce sont toujours les initiatives construites de façon collective qui ont apporté de véritables solutions dans la durée.

Ce texte, fruit de la réflexion collective du groupe "Le travail social dans la crise", a été écrit par Josiane Reymond et Aline Nait Idir

contact : josianereymond@orange.fr

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