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Les solutions pour un accueil digne des familles roms partent nécessairement des réalités concrètes donc locales.

dimanche 22 août 2010 - Georges Günther

Depuis fin juillet les expulsions des familles roms de leurs lieux de vie ont pris une intensité jamais connue jusqu’à présent à Saint Etienne.
L’Elysée et le gouvernement ont choisi notre ville pour débuter la mise en œuvre et en scène des mesures annoncées par Sarkosy, une dérive sécuritaire pour tenter de garder la main et le pouvoir. (voir sur le site des réseaux citoyens : "Ne marchons pas dans la dérive sécuritaire")
Les familles et les quelques militants présents pendant cette période de vacances se sont retrouvés face à un véritable bulldozer. Un dispositif policier considérable a été mis en place pour ce qu’on ne peut pas appeler autrement qu’une chasse aux roms, comme ailleurs en France. Expulsion par la préfecture d’une centaine de personnes du bidonville de Montmartre le 6 août à la demande de la ville de St Etienne, puis de plusieurs squats et systématiquement de tous les lieux de repli des familles. Déploiement policier dans le centre ville pour éviter toutes initiatives visibles de protestation et de résistance. Distribution massive d’OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français) dans des conditions de légalité très contestables (des dizaines de recours sont en cours de dépôt au Tribunal Administratif avec l’aide du réseau de solidarité).
Certaines familles ont été expulsées 5 fois en 11 jours.
Certes cette politique n’est pas nouvelle. Elle dure depuis des années à St Etienne. Mais depuis un mois elle a pris une intensité jamais égalée avec malheureusement la collaboration de la municipalité actuelle. Aucun élu de la municipalité n’a souhaité discuter avec le réseau de solidarité, aucun n’est venu soutenir les familles pendant les 3 jours et 3 nuits qu’elles ont passé sur la place de l’Hôtel de Ville avant d’en être aussi expulsées. (voir sur le site des réseaux citoyens : "La nouvelle étape de la chasse aux Rroms inaugurée à Saint-Etienne")
Le bilan humain est dramatique. Des dizaines de personnes, des enfants, des personnes âgées, malades, dorment dehors dans des squares, sous des portes cochères, dans des ruines isolées. D’autres s’entassent pour la nuit dans des appartements de membres de leurs familles et errent dans la ville pendant la journée. La majorité se cache par peur.

Parce que ces familles n’ont pas disparu de notre ville comme par enchantement et comme voudrait le faire croire la préfecture. Certes, celles qui ont pu trouver des solutions de replis dans des villes voisines sont parties en attendant que l’orage passe. D’autres ont accepté les propositions de l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration, ex ANAEM) pour un retour en Roumanie (300 € par adulte et 100 € par enfant). D’autres sont parties par leurs propres moyens en Roumanie comme à chaque période estivale. Mais elles vont revenir. La préfecture comme la municipalité en ont maintenant suffisamment l’expérience pour le savoir. Hortefeux a annoncé à Toulon que 700 roms seront raccompagnés dans leur pays d’ici la fin du mois d’août avec le système de l’OFII. Mais Eric Besson reconnaît lui-même qu’ils pourront revenir « puisque c’est la loi » et la libre circulation dans l’Union Européenne. Et les roms roumains et bulgares sont citoyens européens. Des sommes importantes sont donc dépensées depuis des années simplement pour gonfler les chiffres d’expulsions des préfectures.

Ce n’est pas cette politique d’expulsion et de chasse qui résoudra les problèmes, ce n’est pas en rendant la vie impossible à ces familles qu’elles partiront. Tout simplement parce qu’il est impossible pour elles de survivre en Roumanie. Le résultat est d’aggraver leur pauvreté et leur précarité, de les faire vivre dans des conditions encore plus inhumaines, plus intolérables.
Autre conséquence, la destruction d’une bonne partie du travail des associations. On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas pour cela que St Etienne a été choisi comme symbole pour inaugurer cette nouvelle dérive sécuritaire du gouvernement. Car ici le réseau de solidarité a démontré, par un travail de plusieurs années, que des solutions d’intégration sont possibles. Cette démonstration est bien gênante pour ceux qui présentent ces familles comme « non intégrables », le problème comme « ingérable », sans solution. Le bilan du réseau de solidarité est pourtant là pour démontrer le contraire :
-  31 familles, 120 personnes environ, ont accédé à un appartement (grâce notamment aux prestations logement de la CAF), en quasi totalité dans le secteur privé du fait de la fermeture des organismes HLM.
-  La très grande majorité des enfants est inscrite à l’école et la fréquente assez régulièrement malgré les expulsions régulières des familles de leurs lieux de vie. Pour l’année scolaire 2009/2010, 87 enfants au total ont été régulièrement scolarisés (11 en maternelle, 52 en primaire, 21 au collège, 1 en formation professionnelle par alternance, 2 en enseignement spécialisé).
-  Un soutien scolaire et des activités de loisirs pour les enfants ont été mis en place dans les lieux de vie des familles, au local de l’association solidarité roms, avec des centres sociaux.
-  Malgré les réglementations dont l’objectif est d’empêcher l’accès concret au travail, 13 adultes ont pu trouver un travail très officiellement (5 en CDI, 4 en intérim ou en auto entrepreneurs, 3 en CDD, 2 en contrats atypiques).
-  Une aide au suivi médical a été mise en place en collaboration étroite avec la PASS.

Tout cela avec des moyens bénévoles, sans le soutien des collectivités locales, voire face à l’hostilité de certaines d’entre elles comme pour les municipalités stéphanoises successives (celle de droite avec Thiollière, puis celle de gauche aujourd’hui). La preuve est donc faite qu’il est possible à St Etienne de trouver des solutions pour une vie décente, de sortir du système des squats et des bidonvilles.

Encore faut-il accepter de traiter les problèmes tels qu’ils émergent ici concrètement. Il ne suffit pas d’en appeler à la responsabilité de l’Europe et de la Roumanie, pour ne pas prendre les notres ici. Se donner les moyens de commencer à trouver des solutions c’est prendre la question de façon concrète, donc dans la diversité des situations posées. Les roms ne sont pas une catégorie à part, « une « communauté » en tant qu’entité homogène » comme l’écrit Martin Olivera dans le Monde du 10 août, mais des familles très diverses, des hommes et des femmes concrets, différents dans leurs projets de vie et leurs façons d’être qui subissent la pauvreté et la précarité. Les réalités locales dans lesquels ils vivent sont chaque fois singulières. Appeler à résoudre « un problème roms », abstraitement posé, c’est à tous les coups déboucher sur l’impuissance et se dédouaner à bon compte de ses responsabilités. La municipalité stéphanoise précédente comme celle de gauche actuellement, ont toujours refusé d’expérimenter des solutions locales.
Les efforts à déployer pour des solutions durables, c’est à dire humaines et dignes, doivent partir des réalités locales, concrètes, diverses. « (…) le meilleurs moyen de rendre impossible la résolution des ces situations est bel et bien de disjoindre les difficultés vécues par ces familles du contexte local, en en faisant une « question européenne » désincarnée et fantasmatique » (Martin Olivera, le Monde du 10 août 2010).

Le réseau de solidarité va continuer à résister à cette dérive sécuritaire qui aujourd’hui écrase les familles roms. Nous allons préparer et participer activement au rassemblement du 4 septembre (un rassemblement aura lieu à St Etienne place Jean Jaurès à 10H). Nous allons aussi continuer notre travail de construction pour l’accès à une vie digne et tout de suite assurer pour le maximum d’enfants la poursuite de leur scolarisation. [1] La situation créée va tout compliquer. Les familles sont éparpillées, certaines dorment dehors ou de façon très temporaire chez des parents. Beaucoup d’entre elles n’osent plus se signaler par peur de la police. Mais ce travail est capital pour l’avenir des enfants, pour retisser les liens avec les familles, retisser des liens concrets et positifs avec les enseignants, les centres sociaux, des parents d’élèves.

Georges Günther

[1] Mercredi 25 août une rencontre aura lieu sur cette question au local de l’association solidarité roms, 20 rue Rouget de l’Isle à St Etienne. Elle débutera de 17H à 19H avec les quelques personnes qui connaissent bien les familles, pour mettre en relation les lieux d’habitations et les écoles que pourront fréquenter les enfants. Ensuite à partir de 19H une échange aura lieu sur le suivi de la scolarisation pendant l’année, le soutien scolaire, le périscolaire, les activités de loisirs pour les enfants.

Forum

Date par Message
1er/09 Mélanie Les solutions pour un accueil digne des familles roms partent nécessairement des réalités concrètes donc locales.
Merci Anne-Sara de confirmer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Il est évident que le retour des roms dans leur pays est loin d’être une réalité !! absolustreaming
25/08 Anne Sara Les solutions pour un accueil digne des familles roms partent nécessairement des réalités concrètes donc locales.

Suite aux expulsions, les rroms sont repartis en Roumanie…PIPO !

Je ne suis ni maire, ni préfet, mais bénévole au réseau de solidarité avec les familles rroms depuis environs 4 ans et salariée depuis 1 mois et demi. Je connais un certain nombre de familles, et mes statistiques à moi sont bien éloignées de celles que l’on entend…
Il faut absolument montrer qu’à Saint Etienne, grâce aux expulsions à la chaîne, à un mouvement de chasse effréné, LES RROMS SONT PARTIS ! Et bien pas en Roumanie en tous les cas ! Il me semble qu’il n’y jamais eu autant de rroms à Saint Etienne que depuis que les retours avec contre partie financière existent. Nous avions dénoncé il y a deux ans la connerie de ce dispositif. La voix des associations n’a pas et n’est toujours pas entendue.
Depuis plusieurs jours on ne parle que de cela, des retours « volontaires » au pays : des chiffres complètement insignifiants, et répétés pour prouver l’efficacité des mesures d’expulsion.
Et bien moi aussi j’ai quelques chiffres à donner sur Saint Etienne :
-  31 familles vivent en appartement,
-  en 2009-2010, 52 enfants étaient scolarisés en primaire, 21 au collège, 11 en maternelle, 2 en mission générale insertion, 3 en institut médico-éducatif, et 1 en enseignement professionnel (ces chiffres ne tiennent pas compte des quelques enfants qui étaient inscrits mais qui n’allaient pas en classe).
-  5 personnes ont été embauchées en CDI, 3 en CDD, 1 en CAE, 6 ont travaillé ou travaillent en intérim ou en tant que saisonnier, 3 sont auto entrepreneurs, et au moins 4 ont eu des refus de la part de la préfecture alors qu’ils avaient trouvé un employeur. Je ne sais pas combien travaillent au noir.

Des rroms roumains vivent à Saint Etienne, c’est une certitude. Depuis les expulsions, où sont-ils ? Dans d’autres villes françaises pas bien loin d’ici, une famille en Espagne, une en Italie, dans des logements (propriétaires particuliers ou autres solutions liées à la solidarité), et d’autres se cachent dans la ville. Pour ces derniers, les problèmes se posent déjà : nous, association, ne pouvons aller les voir puisqu’ils souhaitent rester cachés. Quand la protection maternelle infantile (PMI) nous appelle en cherchant une maman et son bébé né le 1er août, on lui explique qu’elle ne peut pas passer le voir et que la maman n’est pas joignable. Quelle vie pour ces familles ?
L’organisation de la rentrée scolaire ne sera pas facile dans ces conditions, d’ailleurs les parents n’enverront peut-être pas leurs enfants à l’école afin de rester discret.

Bilan des expulsions médiatisées de Saint Etienne :
-  les rroms sont toujours là. Pour certains, les expulsions ont accéléré l’accès au logement, pour d’autres c’est une vie cachée qui commence, ou un nouveau déménagement qui s’est fait au détriment des enfants.
-  A ma connaissance très peu de personnes sont reparties en Roumanie avec l’ANAEM ces derniers jours.
-  L’intervention de l’association et des travailleurs sociaux est rendue difficile, mais existe quand même.

Anne-Sara

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