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Le revenu inconditionnel : peut-on être payé à ne rien faire ?

Notes sur la conférence de Baptiste Mylondo au salon Primevère le 26 février 2010

dimanche 7 mars 2010 -

Baptiste Mylondo a tenu une conférence au salon primevère le samedi 26 février au sujet du revenu inconditionnel sous l’intitulé : "Peut-on être payé à ne rien faire ?".
Le texte ci dessous est une transcription de cette conférence à partir de notes prises par Josiane Reymond et Georges Günther. Il s’agit donc d’une transcription forcément partielle et imparfaite.
Il existe un enregistrement complet de cette conférence à se procurer auprès de l’association Utopia.

Baptiste Mylondo participe à l’association UTOPIA qui propose une critique de la croissance, de la valeur du travail, de la consommation.
Il est l’auteur de l’ouvrage « Ne pas perdre sa vie à la gagner. Pour un revenu de citoyenneté », Paris, Homnisphères, mars 2008 et de plusieurs articles notamment :
-  « Imbécile valeur travail ! », dans Politis du 27 août 2009.
-  « Le salaire du labeur. Souffrance au travail et consolation consumériste », sur Mouvements.info, mai 2009.
-  « Peut-on être payé à ne rien faire ? », dans Paul Ariès (dir.), Viv(r)e la gratuité. Une issue au capitalisme vert, Lyon, Golias, mai 2009.
-  « Revenu d’existence : ni pauvres ni soumis ? », dans Silence !, mars 2009.
-  « Face à la crise, peut-on payer les gens à ne rien faire ? », dans Le Sarkophage, janvier 2009.
-  « Travailler moins, trois fois moins ! », dans Jean-Pierre GELARD (dir.), Travailler plus, travailler moins, travailler autrement, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, mars 2007.

Notes sur la conférence

Le revenu inconditionnel est une des nombreuses formes que peut prendre la gratuité. L’idée c’est d’augmenter la sphère de la gratuité et de diminuer la sphère marchande.
Il existe deux dimensions essentielles de la gratuité :
-  La gratuité comme outil politique : c’est la socialisation de certains biens et services mis à la disposition de tous.
-  La gratuité comme réalité sociale : c’est l’échange de dons et contre dons, les liens et les échanges réciproques entre individus dans des relations non marchandes.
Le revenu inconditionnel recouvre ces deux dimensions :
-  Outil politique qui alloue une gratuité à tous, il garantit à tous l’accès aux biens et services essentiels.
-  C’est une subvention à la gratuité quotidienne. Il encourage et facilite les échanges gratuits entre individus.

Il y a beaucoup de versions, de définitions et d’appellations pour ce revenu inconditionnel. Je parle de revenu inconditionnel ou de citoyenneté.

Qu’est-ce que je défends ?
10 caractéristiques du revenu inconditionnel et citoyen :
-  C’est une prestation en espèce, c’est un revenu.
-  Il est inconditionnel, avec 2 idées : il n’y a pas de condition et pas de contrepartie (en terme de recherche de travail ou de travail d’intérêt général).
-  Il est cumulable avec n’importe quel revenu.
-  Il est versé à chaque citoyen.
-  Il est versé à titre individuel à chaque membre de la famille.
-  Il est versé tout au long de la vie.
-  Le montant est identique pour tous avec une différence entre personne majeure et personne mineure.
-  Il est versé chaque mois.
-  Il doit être suffisant c’est-à-dire pouvoir se passer durablement d’emploi.
-  Le montant doit être discuté de façon démocratique. Il doit atteindre au minimum le seuil de pauvreté soit 750 € par adulte et 230 € par mineur.

Dix bonnes raisons pour introduire le revenu inconditionnel :
-  Il réduit les inégalités.
-  Il permet d’éradiquer la pauvreté.
-  Il réfute le chômage comme un problème économique et social. Le chômage vu comme un problème, est une construction sociale, on peut s’en défaire. Le problème c’est le travail et la place qu’on lui donne dans la société.

Pourquoi n’a-t-il pas été mis en place ?
Plusieurs objections :
-  Objection technique :
Comment on le finance ? Qui voudrait encore travailler ? Ce qui pose la question de la valeur travail.
-  Objection morale : peut-on et pourquoi payer les gens à ne rien faire ?
Ca questionne la gauche dans la valeur qu’elle attache au travail. Quelle place donner au travail dans un projet de transformation sociale ?

Tout ceci soulève deux autres questions :
-  Quel lien entre droit au travail et droit au revenu ?
-  Quel périmètre et définition de l’utilité sociale ?

Droit au travail et droit au revenu.
Pour des auteurs comme Husson et Harribey, le revenu inconditionnel vient contredire le droit au travail. Il serait un renoncement à l’objectif de plein emploi. Il nie le droit au travail. Il légitime l’exclusion sociale des chômeurs. Husson et Harribey préconisent le partage du travail, travailler moins pour travailler tous.
Cette critique oublie deux choses :
-  Le revenu inconditionnel est versé à tous, pas aux seuls chômeurs, donc il ne vise pas à écarter les chômeurs du marché du travail.
-  Ce revenu inconditionnel est facteur du partage du travail, il diminue le coût pour les salariés d’une réduction du temps de travail. Il fonctionne donc comme une prime à la réduction du temps de travail.

Est-ce que ça vaut le coût de militer pour le droit au travail ? Est-ce qu’il a sa place dans un projet de transformation sociale ?
L’origine de la notion de droit au travail est une gigantesque arnaque. Il a fait de nombreuses victimes. On a fait croire aux travailleurs que le droit au travail est une avancée pour eux. En 1848, le mouvement ouvrier milite pour la reconnaissance du droit au travail. Cette notion s’inscrit dans une double logique libérale :
-  Libérale d’un point de vue politique : il est conçu comme une liberté pour tous d’occuper un emploi.
-  Libérale d’un point de vue économique :
Avant la révolution, les indigents étaient criminalisés, condamnés, on les enfermait dans des maisons de travail pour leur donner le goût au travail. On va briser les monopoles et les corporations pour supprimer ce qui pouvait faire frein à l’accès au travail, pour instaurer la liberté du travail. Le mouvement ouvrier va se battre pour que la charge de trouver un emploi ne repose pas sur l’individu mais sur l’Etat. En 1848 on va créer les ateliers nationaux par exemple, pour les indigents.
Paul Lafargue condamne ça dans « Le droit à la paresse ».

Aujourd’hui :
-  L’idée persiste que le travail est épanouissant.
Le travail en général est épanouissant mais ce travail abstrait n’existe pas. Le travail idéalisé comme épanouissant n’est pas la réalité vécue par un grand nombre.
-  Le travail est un vecteur de socialisation.
Il est nécessaire d’assurer la concrétisation du droit à la dignité de soi, principal vecteur de socialisation, autrement que par le travail. Il y a d’autres lieux pour recréer du lien social. Le travail tient une place exorbitante dans la société et dans nos vies.

Il faut repenser le droit au travail.
Le droit au travail ne doit plus être un droit à travailler : abandonner le droit créance pour revenir à un droit liberté, liberté de ne pas travailler si on le souhaite, de s’épanouir dans des activités de son choix. Le droit au travail comme liberté de choisir son activité et de contribuer ainsi à la définition de l’utilité sociale. On peut parler d’objectif de pleine activité dans la liberté de choisir son activité. Et de contribuer ainsi à la création de richesses sociales.
Est-ce que ça pose un problème si certains décident d’arrêter de travailler ?
Il n’y a pas que le travail qui est producteur de valeurs. Il est préférable de défendre un droit au revenu.

Définition de l’utilité sociale :
Toute activité est utile dans la mesure où la société ne l’a pas jugée collectivement nuisible. Personne ne fait rien.
Certains proposent un revenu de participation, et cherchent à reconnaître l’utilité et les valeurs de toutes les activités. Par exemple un économiste anglais a proposé un revenu participatif soumis à conditions. Plusieurs catégories d’activités y donneraient droit :
-  Avoir un emploi ou être à la recherche d’un emploi ;
-  Avoir atteint l’âge vieillesse ( ??), être en incapacité de travailler ;
-  Suivre une formation, s’occuper de ses enfants, de membres de sa famille ;
-  S’adonner à des activités bénévoles.
Qui aujourd’hui ne répond à aucune de ces catégories ? Pas grand monde.

Le droit au revenu inconditionnel, permet la réalisation du droit au travail. Nous avons tous une activité utile à la société.
Il y a toujours la peur du fraudeur, du profiteur. Mais où est le problème ? C’est adopter une vision statique de la société. Si certains ne font rien, c’est sur une partie de leur vie, c’est un temps particulier dans l’existence.

Discussion :

Le revenu inconditionnel remplace tous les minima sociaux.
Importance de distinguer la notion de produire avec celle de travailler. Dans la définition du mot « travail », on trouve : « outil de contention pour le bétail », le choix de ce mot caractérise bien cette volonté de contenir le travailleur. Produire évoque la production de l’artiste, de celui qui permet la réflexion.
Il y a des règles collectives à inventer pour permettre un climat où chacun pourrait produire en s’épanouissant.

D’où vient l’argent ?
L’argent existe déjà, il s’agit de le partager. Sur l’ensemble de la richesse économiquement crée, on en prélève 50% à redistribuer entre tous les membres de la société. Le revenu inconditionnel s’autofinance pour ¼ puisqu’il remplace toutes les prestations sociales. Pour le restant il est nécessaire d’augmenter l’impôt sur le revenu de 35 points.

Qui aura envie d’aller travailler dans les usines, les mines… ?
Selon ce que le Canada a déjà expérimenté, il n’y a pas de baisse du travail très marquée (baisse de 9 % du temps de travail des bénéficiaires). La baisse d’activité se concentre sur l’étudiant qui fait un petit boulot pour financer ses études, les personnes qui occupent plusieurs emplois pour survivre.
On peut se permettre une baisse d’activité. On produit trop, d’un point de vue écologique et social. Beaucoup espèrent travailler moins quitte à gagner moins.
Important de se poser la question sur la façon dont sont réparties les activités ingrates dans notre société. On peut les rémunérer davantage et aussi les partager entre tous.
On peut prévoir de travailler juste ce qu’il est nécessaire, travailler moins pour travailler tous.
Important aussi la question de la production de richesses, par l’emploi et par toutes les activités sociales (pas uniquement la production de richesses économiques).

Pour faire face à l’éventuelle concurrence d’autres pays producteurs, on peut envisager des taxes sociales, environnementales de façon à ce que chaque pays puisse échanger à qualité égale. On peut aussi penser à la mise en place de partenariat Nord-Sud pour aider au financement du revenu inconditionnel au Sud. Il existe dans ce domaine, des initiatives en Afrique du Sud et au Brésil.

Une bonne part de notre consommation est compensatrice, on sacrifie tellement au travail qu’on attend beaucoup de compensation dans la consommation.

Un autre exemple d’extension du champ de la gratuité, le plafonnement des loyers.

Sur l’immigration :
Le revenu inconditionnel s’adresse à tous les résidents sur le territoire français, c’est une vraie notion de la citoyenneté. L’immigration est plus un déracinement qu’un choix volontaire.

Voir aussi le texte sur "le droit au revenu : Revenu Inconditionnel"

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