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En tant que travailleurs sociaux, nous ne souhaitons plus, par notre silence, être les complices d’une situation de non-droit condamnant les plus faibles à demeurer sur le bitume dans l’indifférence générale.

Le réseau des professionnels engagés auprès de personnes SDF.

mercredi 3 mars 2010 - Maud Bigot

A Lyon, au début de l’hiver, aucun nouveau centre d’hébergement n’a ouvert ses portes, contrairement aux années précédentes.
C’est ce constat laconique qui introduit une pétition émanant des professionnels de Lyon intervenant dans le champ de l’urgence sociale (centres d’hébergement d’urgence, de soin, accueils de jour, Samu Social, équipes mobile de soin…), pétition en appelant à un réel engagement en faveur de l’hébergement des personnes SDF. Alors que les températures étaient encore clémentes, 100 à 130 personnes ayant sollicité le 115 se trouvaient alors chaque nuit, sans solution. Ce nombre ne reflète que « la partie émergée de l’iceberg », les individus sans logement ni hébergement étant estimés à plusieurs milliers [1]. . Les capacités en matière d’hébergement d’urgence se trouvaient par conséquent largement insuffisantes.
Cette situation lyonnaise est de plus une situation « hors la loi », au regard de l’article 73 de la loi MOLLE [2] stipulant que : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence » et que « toute personne accueillie dans une structure d’hébergement d’urgence doit pouvoir y bénéficier d’un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu’elle le souhaite, jusqu’à ce qu’une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d’hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ».
Dans le Rhône, les places à disposition du 115 demeurent attribuées pour une durée de une à trois nuits, sans possibilité, pour les personnes hébergées, de demeurer dans les murs de l’établissement les accueillant, suite à la prise en charge leur ayant été accordée. Les écoutants téléphoniques du numéro d’urgence se trouvent ainsi contraints de gérer, en toute illégalité, une rotation des places d’urgence. Les SDF s’épuisent par conséquent à appeler quotidiennement le 115, le système de l’urgence sociale les contraignant à errer de centre en centre et à alterner nuits dehors et nuits en structure d’hébergement.

Considérant l’inapplication, dans le Rhône, de l’article 73 de la MOLLE et les conséquences dramatiques de cette non-application pour les personnes de la rue rencontrées chaque jour, les professionnels de l’urgence sociale ont décidé de se mobiliser au travers d’une pétition qu’ils ont largement diffusée (http://reelengagementsdf.free.fr).
Elle a été envoyée à M. Benoist Apparu, secrétaire d’État chargé du Logement et de l’Urbanisme, au préfet du Rhône ainsi qu’aux collectivités locales le 30 Novembre (avec plus de 2600 signatures). Aujourd’hui, elle compte plus de 3500 signataires.
Il était demandé, dans l’urgence, l’ouverture dès janvier, de deux centres d’hébergement d’urgence pérennes, adaptés aux besoins identifiés par les intervenants de terrain ainsi que l’engagement réel de l’Etat et des collectivités locales au travers d’un signe fort pour le maintien, la pérennisation et l’amélioration des structures existantes. Les professionnels réclamaient, à terme, une application locale du rapport PINTE [3] et de la loi MOLLE, à partir des diagnostics réalisés sur l’agglomération lyonnaise ; c’est-à-dire un effort financier conséquent à tous les niveaux du dispositif logement/hébergement. Si la réponse apportée ne répondait pas aux exigences formulées, ils s’engageraient dans un mouvement de mobilisation et inviteraient les personnes concernées à faire valoir leurs droits.

Le 22 décembre, ces professionnels étaient reçus à la préfecture, en compagnie des directeurs des principales associations lyonnaises de l’urgence sociale ainsi que de représentants des collectivités locales. Au-delà des effets d’annonce, un centre d’hébergement d’urgence de 60 places pour familles a ouvert ses portes, pour deux mois et demi, le 15 janvier 2010. En parallèle, la mise à disposition d’un gymnase par la ville, pour une semaine, mettait en lumière qu’il manquait, a minima, 110 places pour les personnes isolées.
Les demandes formulées dans la pétition (ouverture de deux centres d’hébergement pérennes et mise en place de réelles mesures pour que l’article 73 de la loi MOLLE soit appliqué) ne sont nullement satisfaites. Comme annoncé dans cette pétition, les professionnels de l’urgence sociale (représentant plus de 15 structures du département) s’engagent par conséquent, à présent, dans un mouvement de mobilisation. Le 28 janvier, 150 à 200 d’entre eux étaient en grève. Salariés de l’ensemble des structures de l’urgence sociale du département, ils ont manifesté, en compagnie de personnes SDF, d’associations tels que les Enfants de Don Quichotte, l’ALPIL, la FAP, le secours populaire…, de syndicats, d’élus, dont Nathalie Perrin Gilbert (maire du 1er arrondissement de Lyon), ainsi que de citoyens pour demander, à nouveau, le respect de l’article 73 de la loi MOLLE ainsi que la création des places d’hébergement nécessaires à son application. Il s’agit d’un mouvement inédit qui souligne l’ampleur de la crise dans le département du Rhône.
Suite à ce mouvement, Gilles May-Carle, directeur du pôle de la cohésion sociale a donné ordre au 115 de respecter la non-remise à la rue durant 15 jours. Il a aussi demandé (en augmentant les nuitées d’hôtel) à ce qu’une solution d’hébergement soit proposée à toutes les personnes sollicitant le 115. Dans les faits, l’article 73 de la loi MOLLE est donc temporairement appliqué mais 50 à 60 personnes ayant composé le 115 demeurent sans offre d’hébergement suite à leur appel. Fin mars, lorsque les nuitées d’hôtel prendront fin, que le centre d’hébergement d’urgence ouvert temporairement fermera ses portes et que les structures mettront un terme à leur surcapacité d’accueil, ce seront a minima 300 personnes, sollicitant régulièrement un hébergement, qui demeureront sans solution.
Nous ne pouvons nous satisfaire de cette prise en charge saisonnière de la population SDF. En tant que travailleurs sociaux, nous ne souhaitons plus, par notre silence, être les complices d’une situation de non-droit condamnant les plus faibles à demeurer sur le bitume dans l’indifférence générale.
De ce fait, tout en ayant signifié à M. May-Carle que nous nous tenions à sa disposition pour travailler avec lui sur cette sortie de crise, nous en appelons à M. Benoist Apparu afin de porter à sa connaissance les éléments de réalité de la situation du Rhône en termes d’hébergement d’urgence. Nous accompagnerons aussi très prochainement, dans le cadre d’une initiative du Conseil Lyonnais pour le Respect des Droits, les personnes concernées à faire valoir leur droit à la non-remise à la rue devant le tribunal administratif en déposant des recours de manière massive.
Enfin, nous tentons d’envisager si cette question de l’hébergement d’urgence se pose en termes similaires sur d’autres territoires. Si tel est le cas, nous pensons opportun d’examiner les types de mobilisations qui peuvent exister dans les différentes régions afin de songer à des formes de coordination efficientes pour porter rapidement le débat au niveau national.

L’enjeu est tout simplement le respect de la loi. La réponse apportée par les pouvoirs publics engage notre conception d’un état de droit moderne.

Maud Bigot
Pour le Réseau des professionnels engagés auprès des personnes SDF
reelengagementsdf@gmail.com

Voir également les initiatives sur l’agglomération stéphanoise dans le même domaine : "Collectif " POUR QUE PERSONNE NE DORME A LA RUE " Bilan et enseignements de 11 mois d’initiatives"

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Pétition Pétition "Pour un réel engagement en faveur des personnes SDF" PDF 99.4 ko

[1] MRIE, Connaissance des personnes sans logement ou hébergement fixe dans l’agglomération lyonnaise Qui sont-ils ? Quelles attentes ? Quels recours ? www.mrie.org/personnes-en-difficultes

[2] Abrogeant, en en reprenant le contenu, l’article 4 de la loi DALO.

[3] Etienne PINTE, Propositions pour une relance de la politique de l’hébergement et de l’accès au logement www.assemblee-nationale.fr/13/tribun/rapport_pinte12070608.pdf

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