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Jour après jour, pour que personne ne dorme à la rue...

lundi 4 janvier 2010 - Agès Mounier

Depuis le mois de mars 2009, le collectif « que personne ne dorme à la rue » est alerté par le fait que des familles qui ont déposé une demande d’asile n’ont pas de lieu pour dormir (ces familles doivent être logées par l’Etat selon la loi). Le 24 décembre, le préfet a réquisitionné un gymnase à la Rivière pour les loger : 67 lits sont installés dans de très mauvaises conditions d’intimité. Malgré tout, les familles sont contentes d’être mises à l’abri.

Mercredi 23 décembre, 11 familles rroms du Kosovo, 45 personnes dont 23 enfants, devant la gare de Chateaucreux avec des militants du collectif "personne à la rue" et de RESF. Le lendemain 24 décembre, le Préfet de la Loire a réquisitionné le gymnase municipal de La Rivière, deux mois après la réquisition citoyenne de la résidence l’Ensoleillée...

Cependant, le lundi 28 décembre, nous sommes contactés pour une famille de Kosovars de 6 personnes ainsi que pour une dame tchétchène et sa fille de 13 ans qui n’ont aucune solution pour dormir.

Nous appelons d’abord le 115, qui nous répond que le dispositif est saturé. Nous décidons donc de les accompagner jusqu’au gymnase pour essayer de les loger. Nous nous retrouvons une vingtaine de militants , on ne nous laisse pas entrer dans le gymnase (la famille si) mais Walter Monnet, directeur du 115, sort pour nous rencontrer. Après moult palabres, il accepte de leur trouver un lieu pour la nuit.

Le mercredi suivant, d’autres familles sont encore à la rue, notamment une femme tchétchène et ses 4 enfants (la plus jeune a 1 an). Elle est arrivée le matin même en camion, les enfants sont épuisés et une nuit dehors semble beaucoup les effrayer. A 20H, une vingtaine de militants se retrouve donc au gymnase pour voir ce qu’il est possible de faire pour eux. L’accueil est pour le moins froid puisque la famille n’est pas autorisée à rentrer. Les personnes présentes nous expliquent qu’elles ne peuvent rien faire car le préfet n’a pas autorisé à installer plus de lits. C’est d’autant plus surprenant qu’il reste beaucoup de place vide ! On nous explique aussi que nous devrions les loger nous-mêmes ou qu’ils devraient être pris en charge par leur famille (qui a un appartement assez grand pour loger des familles de 5 à 8 personnes ?). On entend même que, si on les loge aujourd’hui, demain on en aura encore plus ! Quel drôle de discours pour des personnes qui travaillent dans le social !

Nous téléphonons à la Préfecture et demandons à joindre une personne responsable : le préfet étant en vacances ( ?), c’est la personne de garde qui nous répond : elle refuse de prendre en charge ces familles et nous invite à nous en prendre aux passeurs !

Nous appelons ensuite la mairie de St Etienne, mais à cette heure tardive, notre appel est redirigé vers la police municipale : étonnement du policier devant cette situation ubuesque, qui en parle à son chef qui joint ensuite le 115. Rien ne se passe !

Nous décidons ensuite de joindre les pompiers, évoquant la mise en danger de ces familles accompagnées d’enfants parfois très jeunes. Leur réponse est qu’ils ne peuvent rien faire.

Il n’est pas loin de 11H du soir et nous n’avons aucune solution pour ces familles que nous avons installées dans les voitures. Quelques militants tentent de rentrer de force dans le gymnase, mais sont repoussés par les vigiles. Nous empêchons la fermeture de la porte mais ne pouvons aller plus loin. Les esprits s’échauffent des 2 côtés. Le responsable du gymnase (qui a à peine daigné venir nous parler) appelle la police !

La police arrive (une petite dizaine de policiers) et nous leur expliquons la situation : le policier en charge ne comprend pas ce qui bloque d’autant plus qu’il est à même de constater qu’il y a de la place libre. Il parvient à obtenir l’aval de sa hiérarchie pour loger les familles ; nous proposons de fournir les matelas et couvertures. Il cherche ensuite à obtenir l’aval de la préfecture alors que le responsable du gymnase tente de l’en dissuader. La préfecture continue de s’y opposer. Une voiture de police avec quelques hommes est déplacée devant la porte afin que nous ne tentions pas d’entrer.

Toutes nos tentatives ont été vaines, ces familles sont à la rue ! Nous décidons de les loger par nos propres moyens : le président de l’association « Egalité, Fraternité des Roms Pralipe Romano » se propose de prendre chez lui la famille kosovare, alors que cela l’oblige à dormir en dehors de son appartement trop petit pour accueillir toutes ces personnes. Les militants FCPE proposent d’ouvrir leur local pour loger la famille tchétchène. Nous contactons le comité Rroms pour trouver des matelas et des couvertures et nous réussissons à installer la famille dans une des pièces du local. La famille est rassurée, un militant décide de rester avec eux afin de pouvoir pallier tout problème (la petite fille a vomi à plusieurs reprises).

Le lendemain, je les accompagne à l’accueil de jour (La Fontaine) pour qu’ils puissent se doucher et manger quelque chose. Je parle avec un tchétchène pour expliquer à la dame que je reviendrais la chercher en début d’après-midi. La famille kosovare logée par l’association des Rroms me reconnaît et me dit qu’ils sont à nouveau sans rien pour ce soir. Ils me signalent en plus une autre famille sans solution. Dans le même temps, je suis prise à partie par les travailleurs sociaux présents qui m’accusent de « fomenter je ne sais quoi » et me demandent instamment de partir. Encore une fois, le dialogue est impossible avec eux : ils nous prennent pour des ennemis et refusent d’admettre que nous cherchons seulement à aider ces familles.

L’après-midi (le 31 décembre), nous décidons de nous rendre à la Préfecture. On nous annonce dans un premier temps que quelqu’un va nous recevoir, une employée nous rejoint mais est très étonnée de ne pas voir arriver son responsable (la même que la veille). Nous l’attendons avec elle en lui expliquant la situation mais cette dame n’arrive toujours pas. Finalement, l’employée nous annonce que sa supérieure ne peut pas nous recevoir et qu’elle nous rappellera dans une heure ! Il est près de 17h et nous comprenons bien qu’en ce jour de réveillon personne ne va nous rappeler ! Nous décidons donc d’activer nos réseaux pour loger ces familles : la FCPE accepte de continuer à loger la famille tchétchène, le secours catholique se propose de financer le logement des 2 familles kosovares pendant 2 nuits (une chambre supplémentaire sera nécessaire et sera financée par l’association « la Passerelle » ). C’est le soulagement, et l’après-midi terminera par une recherche active d’hôtels, pas si facile en cette veille de nouvel an. Nous partons réveillonner avec la satisfaction du devoir accompli...

Le lendemain, le président de la FCPE contacte à nouveau la préfecture et tombe enfin sur une personne responsable et compétente, le sous-préfet de Roanne, qui s’engage à loger la famille tchétchène. L’après-midi même, la famille est transférée au 115 de Roanne. Le lendemain, je suis contactée par le jeune kosovar parlant français qui m’annonce que les 2 familles logées en hôtel ont des solutions.

La situation de ces familles semblent réglée mais pour combien de temps : le 115 de Roanne s’est engagé à les loger jusqu’à la fin du week-end. Et Après ? Et que se passera-t-il pour les familles hébergées dans le Gymnase ? La rentrée est lundi et les activités sportives doivent reprendre.

Une réunion est programmée à la bourse de travail le lundi 4 janvier à 18h pour évoquer la suite des actions possibles, surtout en cas de fermeture du gymnase.

Agnès Mounier
Cet article est aussi publié sur le site des réseaux citoyens : http://www.reseauxcitoyens-st-etienne.org/article.php3 ?id_article=1966

Voir aussi :
Le collectif “Que personne ne dorme à la rue” a réquisitionné l’ex-maison de retraite l’Ensoleillée à St-Etienne
L’intervention du collectif « Pour que personne ne dorme dans la rue » devant le conseil municipal de St-Etienne
Le préfet et les élus de l’agglomération sont mis devant leurs responsabilités concernant les sans abris.

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