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Construire un projet collectif en partant des personnes les moins reconnues sur la commune est un enrichissement local.

mercredi 4 novembre 2009 - Josiane Reymond

Le groupe « Envie de Vivre » existe depuis 3 ans sur la commune de la Ricamarie. Il s’est construit, avec des mères de familles, suite à un constat des travailleurs sociaux sur les limites de l’accompagnement individuel des personnes en demande d’aide. Une proposition de développement social local leur a donc été faite. _ Les mères de famille qui participent à cette expérience collective connaissent toutes des difficultés sociales dues notamment à un budget très précaire, à un manque de perspective d’emploi, à un isolement relationnel.
Au fil des mois, nous avons partagé ensemble des expériences positives, notamment, nous avons su développer la capacité de construire des projets collectifs. Notre groupe a pris une part active au développement du partenariat local durant ces 3 années. Le groupe « Envie de Vivre » a pu cette année contribuer à la construction d’une recherche de solutions sur le développement des modes de garde sur la commune, en sollicitant un large partenariat. Tout au long de cette année, nous avons pu faire l’expérience de ce qui nous a permis cette réelle avancée : la mise en commun positive des compétences particulières de chacun. Si au début, certains estimaient que pour réaliser ce travail « sérieux », la présence des mères de familles risquaient d’être un frein, au fil des réunions à la Mairie, les élus s’inquiétaient de proposer une date adaptée aux possibilités des mères de façon à pouvoir construire des réponses adaptées aux besoins réels de garde d’enfants… !!!
Le témoignage de ces personnes a été le moteur de notre recherche. Ces mères ont pris leur place d’expert dans un domaine particulier de leur existence.

Nous avons pu en effet réaliser que l’organisation des structures « petite enfance », jusqu’à ce jour centrées sur l’intérêt des familles qui travaillent provoquait l’exclusion des personnes en recherche d’insertion, et des enfants de nombreux lieux de socialisation. Elle provoquait également un risque de dégradation des relations intrafamiliales et sociales pour ces familles.
Les mères se déplacent avec leurs enfants pour faire les démarches administratives, pour aller chez le docteur, voir renoncent à leur démarche, à des bilans de santé. Outre la nécessité de pouvoir régler des situations concrètes, ces personnes n’ont aucune possibilité de s’inscrire dans une perspective de projet professionnel, de formation, de s’investir dans la vie sociale.
Pour les mères qui ne travaillent pas, l’absence de mode de garde est un véritable parcours d’exclusion, ces mères sentent que leurs besoins ne sont pris en compte nulle part. Elles évoquent souvent le sentiment d’être épuisées, débordées, d’avoir besoin d’être secondées.

C’est en partant de leur réalité que nous avons pu prendre acte des empêchements pour elles, à construire le quotidien de façon adapté, c’est en recherchant des solutions à partir de leur témoignage que nous avons pu fédérer et motiver un large partenariat.

Voici comment nous avons pu mener à bien ce travail.

C’est une réflexion menée depuis Juillet 2008, suite à des constats mis en évidence par le groupe Envie de Vivre et l’adulte relais employé à Tissage Coloré : beaucoup de mères se plaignent d’être très limitées pour mener à bien des projets, pour favoriser le bon fonctionnement de la vie familiale faute de pouvoir confier leurs enfants.
La démarche mise en œuvre s’appuie sur une réflexion collective, avec les associations de la commune : Tissage Coloré, Vivre ensemble, la FCPE, l’adulte relais, la coordinatrice de Tissage Coloré, la puéricultrice de PMI, une responsable de projet de la CAF, une assistante sociale de la CAF, les élus (préoccupés plus particulièrement sur la question de la déscolarisation des enfants de 2 ans), et avec une réelle participation des habitants.

Ce travail s’est réalisé à partir de l’analyse de questionnaires élaborés par le collectif d’associations et d’habitants qui avaient été distribués dans les écoles maternelles. Il confirme le témoignage des mères qui participent à la réflexion, et met en évidence des difficultés qui font véritablement obstacle au bon déroulement de la vie familiale au quotidien.

Les constats rapportés dans le bilan de la CAF pour l’année 2008, mettent en évidence le fort niveau de précarité des habitants de la commune. Un taux de bénéficiaires des minimas sociaux chaque fois supérieurs à la moyenne enregistrée sur la circonscription de la CAF. Il y a également un fort pourcentage de familles monoparentales. Parmi les15 familles suivies par l’assistante sociale de la CAF, 13 ont une problématique concernant la garde des enfants pour mener à bien des démarches d’insertion professionnelle, des cours d’alphabétisation ou tout simplement occuper leur emploi.

Les mères qui ont participé depuis le début à notre recherche et les 13 familles rencontrées sur le quartier de Montrambert font les constats suivants :
-  Les deux modes de garde collective ont des listes d’attente et ce depuis plusieurs mois. Les familles renoncent à faire appel à ces structures qu’elles savent saturées, malgré qu’elles n’aient aucune solution de garde.
-  La plus part des assistantes maternelles refusent les petits contrats de un à deux après midi de garde par semaine.
-  Il n’y a aucune structure sur le quartier de Montrambert, un nombre important de familles n’ont pas de voiture, elles se sentent très isolées.

N’ayant pas de solution d’accueil, les familles doivent faire appel à la solidarité familiale ou de voisinage. Mais ces réseaux ont de grandes limites, ne comblent pas les besoins. L’alternative pour certains parents c’est de refuser du travail, ou de ne pas pouvoir reprendre le travail après un congé maternité.

Cette réalité interpelle les missions de prévention et de protection de l’enfance qui sont sous la responsabilité du Conseil général. Si ces mères n’ont jamais la possibilité d’être secondées, de trouver de relais, comment peuvent elles répondre aux différents besoins de leurs enfants de façon adaptée ? Cette situation pose la question de notre responsabilité collective dans la prise en charge globale des besoins des enfants et des familles.

Ce travail collectif abouti à une recherche de solution qui se concrétise par l’engagement de la commune pour augmenter le temps d’accueil de la halte garderie et pour participer financièrement au fonctionnement d’une micro crèche que nous souhaitons pouvoir installer dans le quartier le plus isolé de la commune.

D’autres questions concernant les besoins en matière de Petite Enfance ont émergées de ce travail :
-   La cantine accueille seulement les enfants dont les parents travaillent.
-   A l’école maternelle, seuls les enfants dont les parents travaillent ont droit à la couchette.
-   Les centres de loisirs ne sont ouverts que les après midis. Les familles inscrivent leurs enfants au centre de loisir des communes voisines.
Une autre étape est donc prévue dans cette réflexion. Elle concerne notamment la question de la coordination des services petite enfance de manière à optimiser ce qui est déjà proposer et l’ajuster aux besoins réels.

Ainsi, construire un projet collectif en partant des personnes les moins reconnues sur la commune a été un enrichissement local.
Nous mettons ainsi en évidence la capacité des personnes à résoudre les problèmes et de leur nécessaire implication dans les affaires qui les concernent. La participation des habitants est vitale pour la société.
C’est en mutualisant et en s’appuyant sur les capacités de tous, particulièrement celles des habitants que nous avons réussit à débloquer une question qui se posait depuis des années sur la commune, et à faire émerger les premières solutions.
Ce travail collectif a permis d’avancer, et de s’enrichir tant au niveau de l’expérience humaine d’une construction collective que pour la résolution concrète de ce problème particulier.
La parole des habitants a été suffisamment forte pour que tous les acteurs se sentent concernés et s’appliquent ensemble à trouver des solutions adaptées, chacun mettant ses compétences au service du bien commun.

Josiane Reymond

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