[Portail pour l’accès aux droits sociaux]

C’est en partant des réalités vécues par les personnes qu’on peut construire avec elles des solutions positives, justes et solidaires.

mardi 18 août 2009 - Josiane Reymond

La réflexion de notre groupe sur le travail social (groupe de travailleurs sociaux, de bénévoles d’associations, de personnes objets des politiques sociales, voir : "Invitation à engager un programme de travail sur le travail social et l’action sociale dans la crise") permet de réaliser combien les nouveaux dispositifs, procédures…, ne sont pas prévus pour régler les problèmes concrets des gens. On assiste en fait à un appauvrissement de plus en plus grave des populations les plus défavorisées qui perdent peu à peu tous leurs droits et les solidarités qui en découlaient. Le dernier dispositif en date, le RSA est exemplaire : on décentre le droit d’exister sur une obligation à travailler…. Dans un monde où le travail se raréfie…

En astreignant les gens à rechercher sans cesse des stratégies de survie, en les condamnant à la misère, on se condamne tous :
-  la société se condamne en perdant tout le potentiel (de créativité, d’intelligence, d’initiative) que ces personnes pourraient mettre au service de la collectivité ;
-  le travailleur social qui perd son identité d‘accompagnant chargé de faire émerger les projets de vie, il est astreint à un rôle d’exécutant de décisions auxquelles il n’a pris aucune part ;
-  la personne y perd son âme, elle est réduite à sa capacité à « tenir » au jour le jour une vie qui perd son sens, avec le sentiment de vivre dans une impasse, condamnée à la solitude et au désespoir.

Ce que nous décortiquons, comprenons ensemble, sur les enjeux de cette société qui ne respecte plus les droits et la dignité des personnes, nous pouvons le diffuser, en témoigner, et ainsi alerter le plus grand nombre (professionnels, associations, habitants). Espérant ainsi retrouver ensemble une qualité de réflexion, une meilleure compréhension de ce système dans sa globalité, une capacité à réagir, à prendre position. Mais y a-t-il seulement des luttes à organiser ? Lutter peut signifier qu’il est encore possible de croire à ce système alors qu’il se termine. Jean ZIN, qui est économiste, estime que le problème n’est pas que nous sommes face à un système tout puissant, le plus grand problème c’est qu’il n’y a que trop peu d’initiatives alternatives pour créer autre chose, d’autres façons d’organiser la société.

Il reste donc à définir ce que nous voulons défendre et construire.
Aujourd’hui, plus que jamais, tout est centré sur l’argent, symbole de toute puissance, de réussite individuelle où chacun est condamné à l’isolement, à une solitude jamais égalée. Un argent qui manque de façon dramatique à un nombre croissant de nos concitoyens, une solitude qui plonge beaucoup dans des formes de désespoir profond.
Mais nous connaissons aussi des expériences qui parlent d’une autre richesse, où l’argent ne rapporte pas d’argent, mais est au service de ce que les gens peuvent construire et décider ensemble.
Les conceptions que nous cherchons à mettre en évidence sont essentiellement fondées sur les richesses de l’humain, sur sa capacité à créer des liens positifs, où chacun peut se sentir partie prenante , engagé, utile et compétent pour construire l’initiative collective, sur sa capacité à se sentir concerné par la réalité des autres et à construire des solidarités, sur sa capacité à être créatif pour construire une façon de vivre ensemble qui tienne compte des besoins de chacun et de son droit à exister.
Nous revendiquons un droit réel à l’existence pour tous. Ce qui nécessite pour chacun des revenus suffisants et stables, la reconnaissance du besoin d’agir, d’œuvrer et d’être apprécié.

Dans ce travail de compréhension qu’élabore notre groupe, il nous manque une dimension, celle de la parole des personnes qui subissent tous ces dispositifs.

Ce que sait le professionnel en matière d’action sociale, n’est pas la totalité du savoir. S’il ne s’associe pas à ce que sait la personne qui vit une situation particulière, il n’y a pas de construction possible pour régler les problèmes.
Quand on réfléchit avec les personnes en difficulté à leur existence, on prend conscience des conséquences graves de ce à quoi elles sont confrontées, on prend la mesure de ce qu’elles vivent. Cette prise de conscience permet de ne plus accepter passivement cet état de fait et peut devenir alors un moteur, une motivation pour chercher avec elles à construire quelque chose de plus juste.
Professionnels, usagers, associations, nous avons à prendre collectivement la parole, c’est de notre responsabilité. Prendre la parole, c’est prendre des initiatives concrètes avec la volonté de faire des propositions en termes de lutte contre la pauvreté et les injustices, pour construire une société plus juste, plus solidaire.

Comment rendre possible un tel projet ? Au cours d’une réunion dans le cadre du Portail pour l’accès aux droits sociaux, nous avons, à quelques uns, envisagé certaines conditions :
-  Il est nécessaire de partir des réalités concrètes, de ce qui concerne les personnes, qu’il y ait pour elles un intérêt à ce que la situation évolue, se transforme.
-  Il faut s’investir dans une zone limitée, à « taille humaine » (un quartier, une petite commune), de façon à bien marquer cette notion d’intérêt commun, sur une question qui concerne un grand nombre (professionnels, associations, habitants).
-  Nous allons tâtonner pour apprendre à construire ensemble, chacun arrivant avec des attentes, des questionnements, chacun amenant des compétences très diversifiées. Nous avons besoin de trouver une méthode de travail expérimentale pour élaborer collectivement des recherches de solution. Une méthode qui favorise la mutualisation des savoirs et des compétences de chacun, une méthode qui permette d’apprendre à s’organiser collectivement, qui permette d’apprendre une meilleure compréhension des mécanismes de cette société capitaliste, une recherche d’autres possibles. Une méthode qui développe la maîtrise de soi et du monde ambiant.
-  Il faut savoir interpeler et impliquer les élus pour qu’ils s’engagent à prendre en compte des propositions de solutions élaborées collectivement.

L’intérêt de ces actions qui pourraient se reproduire à l’échelle de certains quartiers « volontaires », c’est de trouver des solutions aux problèmes et de faire des démonstrations. Par exemple mettre en évidence l’intérêt de partir de la réalité des gens, de leur nécessaire implication dans les problèmes qui les concernent. L’intérêt que des professionnels, des associations mettent leurs compétences techniques au service de la collectivité et trouvent de la motivation à participer à une élaboration collective. L’intérêt que les élus retrouvent leur place de mise au service des intérêts collectifs. Démontrer que ces nouveaux positionnements des uns et des autres permettent une avancée sur le plan humain (faire l’expérience de construire collectivement) et sur le plan concret (de projets alternatifs). _ L’expérience particulière qui pourra ainsi se construire dans les différents quartiers volontaires apportera son lot de démonstrations, de découvertes inédites et créera peut être une émulation à cet engagement collectif, en vue de construire une société plus juste et plus solidaire.

Josiane Reymond

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