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Compte rendu de la deuxième rencontre sur le travail social dans la crise. Le processus de destruction du monde de l’alpha : une préfiguration de ce qui arrive aujourd’hui à l’ensemble du secteur social.

La prochaine rencontre aura lieu, mardi 5 mai.

lundi 20 avril 2009 - Josiane Reymond

Un rappel de l’objectif de cette nouvelle rencontre :

Nous cherchons à construire ensemble un espace de réflexion, de résistance et d’action sur le sens du travail social. Nous nous inquiétons des réponses de plus en plus morcelées avec des spécialistes, avec des services qui se font concurrence. Alors que le travail social n’a aucun sens si on fait chacun dans son coin.
D’où le besoin de mieux connaître les initiatives, les réflexions, les réalités de chacun.
Aujourd’hui nous avons donc souhaité réfléchir sur le processus de destruction du monde de la formation avec la marchandisation des actions, avec les appels d’offre, qui ont mis en concurrence des organisations au départ association d’éducation populaire. Mieux comprendre ce qui s’est passé pour les organismes de formation, peut nous éclairer sur ce qui se passe aujourd’hui pour l’action sociale dans sa globalité.
Jean CHABANNES, à partir de son livre intitulé « L’ ALPHA » nous a donné des éléments de compréhension, puis chacun a enrichi le débat de son expérience.

La discussion

L’ouvrage « L’ALPHA » [1] est le témoignage d’une expérience de vie professionnelle depuis les années 70. Cette période est marquée par une série d’évènements qui constituent une préfiguration de ce qui arrive aujourd’hui à l’ensemble du secteur social.

Les années 70/80 marquent le plein épanouissement de la vie associative. Le mouvement militant s’intéresse à la question de l’immigration. Avec le regroupement familial se développe une tentative d’organisation politique de l’accueil, les familles amenant de nouveaux problèmes (la scolarisation des enfants, les mères qui ne parlent pas le français…).
Le phénomène des banlieues a commencé là. On est passé du bidonville avec sa vie de village au quartier HLM qui était peut être plus salubre mais qui n’est pas parti d’une demande. C’était « pour leur bien », on a voulu faire quelque chose qui ressemble au confort des français, on ne leur a pas demandé ce qu’ils souhaitaient.
Les banlieues posent le problème de l’isolement par rapport au reste de la population. Moins c’est mêlé, plus c’est tenu à distance, plus ça fait peur

Tout ce monde qu’on appelle « L’alpha » se préoccupe de l’accueil des migrants en y mettant un sens politique : un accueil qui soit lié à la réalité des gens, ce n’est pas seulement une technique d’apprentissage de la langue. Plusieurs associations y participent. Cette recherche se fait en lien avec les universités dans plusieurs villes (des unités de recherche entières travaillent sur cette réalité, analyse sociologique sur le problème de l’immigration pour faire avancer la question).
Le financement de toutes ces actions se fait par le Fond d’Action Social (alimenté par un pourcentage du surplus des allocations familiales que les travailleurs immigrés ne touchaient pas en France parce que leurs familles étaient au pays). Ce fonds sert aux migrants en France, pour le logement (les foyers SONACOTRA), pour l’action sociale, pour le travail linguistique. Les organismes se sont construits en utilisant ces fonds pendant 10 ans.

1982, les socialistes arrivent au pouvoir, mais la vie associative ne devient pas une priorité.
Après différentes tentatives de nationalisations, la voie de la raison devient l’acceptation du libéralisme. C’est l’air de la privatisation, il faut faire fonctionner la concurrence du secteur public et privé, le marché se régulera de lui même.
Les appels d’offres se multiplient. C’est aussi l’air de la professionnalisation, le rejet du bénévolat qui a cassé la dynamique militante.
Les associations se développent alors en luttant pour maintenir les salaires, elles perdent leurs ressources militantes, les organismes n’ont plus qu’une fonction technique. Ensuite le financement a été de plus en plus réduit. On a séparé le professionnel du militantisme pour dépolitiser les problèmes, alors que le meilleur fonctionnement pour construire un accueil dans sa globalité, c’est bien le lien entre le bénévolat, les professionnels, les associations. Le monde associatif qui portait tout ça a disparu, les organismes techniques ont fleuri. Tout a été cloisonné.

A partir des années 80 c’est l’émergence des plateformes multi métiers qui sont toutes liées à des organismes de marché, des appels aux prestataires extérieurs. L’ALPHA est devenu un marché colossal, les petites structures n’y ont pas survécues. Ceci a généré des pratiques perverses, des contrats de qualification très précaire, la précarisation de nombreux emplois.
Répondre à l’offre, empêche la personne experte de faire valoir son expertise. Les structures recherchent les appels à projet qui permettent de survivre, il leur reste l’illusion de devenir autonome avec le budget obtenu.
L’élaboration de ces appels à projets est centralisée et s’appliquent quelque soit la situation particulière des territoires. Les projets n’émergent plus des besoins des populations, ce qui favorise le contrôle de l’activité des structures. Il n’y a plus de lien entre la conception des projets et les besoins réels. La professionnalisation marginalise les bénévoles et tue l’éducation populaire qui était un mouvement de construction citoyenne, sur des bases de transformation sociale.
On a pensé longtemps que le travail social allait résister au mouvement de marchandisation de la société. En fait on est dans la même logique de cette société marchande, il n’y a plus nulle part de prise en compte des besoins, des projets des personnes. _ N’oublions pas que l’objectif de l’action sociale a toujours été de maîtriser la « classe dangereuse », les pauvres. La seule différence entre "les 30 glorieuses" et aujourd’hui c’est qu’à l’époque, les pauvres sont moins pauvres. Les assistantes sociales ont toujours répondu aux injonctions des politiques publiques. La formation de ces professionnelles se fait dans une logique de contrôle.
La crise actuelle du financement entraine une crise existentielle chez les professionnelles.
La professionnalisation généralisée entraine une perte de vitalité, on met des réponses professionnelles là où il faudrait des réponses militantes. « Vous êtes militants, ce que vous dites, ça ne peut pas rentrer dans les dispositifs ». Elle favorise la dévalorisation de la culture des couches populaires, la disqualification de leur parole. Sentiment d’une position de domination du professionnel qui a des compétences, face à une personne pauvre considérée sans expertise. C’est la dérive de la notion de spécialistes. Se rajoute le cloisonnement du travail de chacun, la mise en place de la notion de contrat, caractérisé, par exemple, par le programme de réussite éducative : l’institution diagnostique un problème, les parents sont sommés de s’engager à ce que les dispositifs mis en place réussissent, s’ils échouent ils en sont forcément responsables. _ Le contrat fait supporter aux parents ce que l’institution ne veut plus prendre en charge. L’école se recentre sur les apprentissages de base, le reste est reporté sur l’extérieur, ça dépolitise le problème, ça privatise. Ce qui renforce la pression portée par les familles (voir Laurent OTT « Travailler avec les familles, Parents/ Professionnels : un nouveau partage de la relation éducative." Editions Eres 2004).
Pour s’en sortir, il faut recréer des solidarités et que les travailleurs sociaux se mettent au service de ces solidarités. Aller au-delà du constat, besoin de reproduire du discours, chacun sait des choses, est capable de savoir ce dont il a besoin de construire. Un système, c’est toujours fragile.

Nous évoquons l’accueil dans les centres ANPE.
La fusion ASSEDIC/ANPE a beaucoup aggravé la situation. Les contacts humains sont de plus en plus réduits.
Il est proposé un numéro de téléphone unique, le 39/49, qui permet de s’inscrire sur le fichier des demandeurs d’emploi, de joindre son conseiller, d’avoir des informations.
Toutes les agences sont équipées de « détecteurs de faux ». Il est ainsi possible, sans en informer la personne, de vérifier l’authenticité de ses papiers et de prévenir à son départ les services de la préfecture si on soupçonne cette personne d’être en situation irrégulière.
Il existe des résistances au sein des agences, certains employés ne se prêtent pas à cet exercice.
Notre groupe de réflexion et d’action autour du travail social pourrait aider à amplifier, à mieux construire ces résistances. On peut être des points de relais.
Nous remarquons que partout on exige la carte d’identité, mais ce n’est pas une obligation de là présenter dans les services administratifs. Aujourd’hui, une carte de séjour qui expire et la personne est radiée, elle ne perçoit plus de prestation, plus d’indemnité. Or selon la CNIL, on ne peut pas refuser un service sous prétexte de non présentation de papiers d’identité. C’est important de vérifier que cette exigence des administrations n’a pas de fondement juridique.
La situation évoquée à l’ANPE peut nous permettre d’en comprendre bien d’autres toutes centrées sur le contrôle, sur la réduction des libertés, sur la responsabilité individuelle des situations de précarité, au sein de services pourtant censés apporter aide et protection à toute personne qui le demande. Nous proposons de prendre le temps, pour la prochaine rencontre de bien comprendre les orientations et les dispositifs mis en place dans « Pôle Emploi » (fusion de l’ASSEDIC et de l’ANPE), et d’envisager comment alerter largement sur ces orientations et dispositifs.

Nous nous retrouvons Mardi 5 Mai à 18h à la Maison de quartier du Babet à Tarentaize (rue Félix Piat).

Pour en savoir plus sur ces rencontres, voir : Invitation à engager un programme de travail sur « le travail social et l’action sociale dans la crise »
Voir aussi le compte rendu de la première rencontre sur le travail social dans la crise.

[1] Jean Chabannes compte rééditer cet ouvrage. Pour le contacter : jean.chabannes@wanadoo.fr, 06 32 76 65 29

Forum

Date par Message
23/04 Le processus de destruction du monde de l’alpha : une préfiguration de ce qui arrive aujourd’hui à l’ensemble du secteur social.

Quelques réflexions rapides sur le travail social pour la réunion du mardi 7 avril à laquelle je ne pourrai pas participer.

La difficulté, pour les associations tributaires de subventions d’Etat, voire de subventions de collectivités locales, est bien de ne pas être institutionnalisées, instrumentalisées, par les « payeurs ».

Autant il est compréhensible que les financeurs (Etat ou collectivités locales) aient un droit de regard sur l’utilisation des fonds publics versés à l’association (c’est d’ailleurs une demande permanente formulée par les organisations syndicales et la « société civile » vis-à-vis des entreprises bénéficiaires des fonds publics… rarement soumises à contre partie… et encore moins à évaluation ! ), autant il est inadmissible que l’association devienne un simple exécutant d’une politique décidée par l’Etat ou la collectivité locale.

En clair, l’association ne doit pas devenir un simple prestataire de services chargé d’appliquer une politique éventuellement porteuse de décisions contraires à son orientation et à ses objectifs.

Le projet associatif doit demeurer l’élément fondateur de l’association pour mettre en œuvre ses propres objectifs, allant au-delà de la mission qui lui est confiée.

On peut avoir, par exemple, pour un lieu d’accueil de jour, une demande politique qui se limite à un simple accueil de personnes en difficulté, l’accès au droit de ces personnes devenant secondaire, et une volonté de l’association d’aller au-delà par la mise en place d’outils complémentaires :ateliers, lieux d’échanges, etc partant d’une approche plus globale des personnes reçues. Ce qui effectivement a un coût financier. C’est un problème qui n’est pas forcément nouveau, mais par temps de crise, de retrait de l’Etat, d’objectifs à atteindre, c’est de plus en plus prégnant.

Comment concilier financement d’une mission et projet associatif ? Faire prendre en compte le projet associatif dans le financement ? Comment résister aux pressions des financeurs pour rester dans le seul cadre de la mission mais aussi aux pressions visant un contrôle social et des règles de fonctionnement ?

Comme cela a été fait lors de la première rencontre, il faudrait repartir d’exemples concrets de terrain pour définir des moyens de résistance et d’action si nécessaire.

Michel Rachet

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