[Portail pour l’accès aux droits sociaux]

Surendettement : nous avons décidé de nous organiser entre des personnes qui connaissent le problème parce qu’elles l’ont vécu directement ou dans leur famille.

samedi 18 avril 2009 - Michèle Antignard et Myriam Correia, Myriam Correia

Texte lu lors de la présentation du dossier annuel de la MRIE le 30 mars 2009 à Lyon.

Toutes les deux nous avons participé au groupe parents du Secours Catholique de la Loire. Nos enfants partaient en vacances. Le fait d’être avec d’autres parents, cela nous à permis de parler de nos soucis.
Suite à « nos » problèmes de surendettement, nous doutions de nous, car quand nous rencontrions les assistantes sociales, elles ne pensaient pas à nous aider : « Je ne comprends pas qu’avec un salaire vous en êtes arrivés là ! ». Elles ne pensaient qu’à nous dire qu’elles allaient nous faire une enquête sociale. Nous avions besoin d’aide pas que l’on nous enfonce un peu plus. Nous nous disions que nous n’étions plus capables. Nous avions besoin de nous rassurer et de rencontrer d’autres mamans. Voilà pourquoi nous avons fait parti du groupe parents. Pour une autre personne du groupe, le fait d’être surendettée, au début elle s’est isolée pendant trois jours dans le noir chez elle, pour ne voir personne. Elle a même fait une tentative de suicide.

Les raisons du surendettement sont multiples. Mais en général il se produit sur la base d’une situation financière extrêmement précaire. C’est d’abord parce que nous avons des revenus trop justes, que nous sommes en permanence sur le fil du rasoir du point de vu financier, que nous tombons dans le surendettement au moindre pépin, au moindre écart (maladie, panne de la voiture, chômage, divorce…).

▬► La solution pour faire reculer ces situations est bien d’abord de permettre aux familles les plus modestes d’avoir les moyens financiers d’assurer leur existence sans être en permanence sur un équilibre intenable sur la durée, qui casse à la moindre tuile. Il est important de rappeler cette évidence tant les personnes sont stigmatisées, et surtout tenues pour responsables de leurs situations. Elles sont en fait d’abord pour la quasi-totalité d’entre elles des victimes.

Victimes aussi de commerciaux peu scrupuleux qui jouent sur la vulnérabilité des personnes qui leur font à priori confiance.
Ainsi cet exemple d’une autre personne du groupe : « Je devais acheter une machine à laver. J’ai fait plusieurs magasins pour trouver la moins chère. Chez Darty, une machine était intéressante. Eh bien ils m’ont fait acheter une machine à laver dernier cri. Je n’avais pas les moyens de payer. Ils m‘ont dit qu’ils me faisaient un crédit. J’ai su par la suite que c’était un crédit révolving (21% d’intérêts, plus l’assurance). Je touchais 600€ par mois. J’ai payé pendant plusieurs mois puis n’y suis plus arrivée.
En déposant un dossier de surendettement ma dette a été annulée et je donnais 80 € par moi
 »

Autre exemple : «  J’ai acheté un frigo avec une carte kangourou. Je donnais 80€ par mois (40€ pour le crédit et 40€ d’intérêt plus l’assurance) ! »

Autre exemple : « Suite à une maladie de ma fille nous avons dû payer de grosses sommes pour les soins. Nous n’avions pas de mutuelle parce que trop chère. Nous avons accumulé les dettes (loyer, EDF, …). Nous avons fait des crédits pour honorer les mensualités du 1er crédit. Le surendettement c’est un engrenage. »

Endettement aussi suite à un divorce ou une séparation.

Quand on s’adresse aux systèmes officiels d’aide sociale, qui devraient normalement nous apporter secours, nous orienter vers des solutions, et donc pour cela d’abord nous comprendre, nous sommes en fait en premier lieu jugés, tout le monde se croit autorisé à juger. Nous sommes rejetés par la famille et les amis. Les gens sont jugés alors qu’ils sont perdus et complètement déstabilisés, désespérés, par leur situation. Nous entendons des remarques d’assistantes sociales du genre : « Je ne comprends pas qu’avec un salaire vous en êtes arrivés là ! On va faire une enquête sociale pour savoir si vos enfants ne sont pas en danger. » Nous faisons tout pour nos enfants pour qu’ils ne manquent de rien. Ce qui nous met en danger, c’est la pression des assistantes sociales et des huissiers ça nous pousserait à faire des conneries. Quand on est surendetté on a très souvent des dettes de loyers, parce qu’on paye ce qu’on peut au fur et à mesure que les factures tombent et puis après il ne reste plus rien pour manger. Les bailleurs sociaux mettent la pression pour récupérer les loyers, en sachant pertinemment que nous sommes dans une situation inextricable. Quand nous essayons de nous expliquer nous entendons souvent « Je ne veux pas le savoir, ce n’est pas notre problème. » alors que nous avons pourtant besoin d’une aide, d’une compréhension.

Exemple : Une personne a essayé de négocier ses retards de loyer par téléphone avec son bailleur social. Pas de solution, la personne blasée leur a dit textuellement « il y a la porte et la fenêtre il faut que je saute par la fenêtre » et on lui a répondu OUI.

Les huissiers nous prennent d’énormes frais et c’est une des raisons importante d’aggravation du surendettement. Les frais d’huissiers ne sont pas enlevés.

▬► Il faudrait interdire le fait que les huissiers puissent se faire de l’argent sur le dos de personnes qui sont déjà surendettées.

Exemple : « Un huissier est venu chez moi alors que je n’y étais pas. Il y avait un papier sur un meuble. Les tiroirs de plusieurs meubles étaient ouverts. Je n’arrivais pas à comprendre. En fait c’était l’huissier qui était passé avec la police. »

L’intervention de l’huissier est affiché au bas le l’allée et aussi à la mairie, c’est une grande humiliation.

Il n’y a pas de confidentialité au tribunal. C’est un parcours du combattant.

Nous avons décidé de nous organiser entre des personnes qui connaissent le problème parce qu’elles l’ont vécu directement ou dans leur famille. Nous organiser pour développer la solidarité, le soutien, donner des conseils, des tuyaux.

Ainsi nous avons élaboré un document qui donne dans des termes accessible à tous, la marche à suivre. Parce que les documents de la banque de France sont du charabia, incompréhensibles. Nous avons travaillé pour cela à partir de l’expérience des personnes ayant vécues le surendettement et avec l’aide d’une assistante sociale. Puis des personnes du groupe parents se sont retrouvées pour un groupe de travail sur le surendettement piloté par le Secours Catholique. Autour de la table, des Conseillères, le Secours Populaire, d’autres associations stéphanoises, une A. S. de la ville de Saint Etienne, la responsable de l’antenne sociale de la CAF, des personnes du Conseil Général et des travailleurs sociaux.
Nous avons parlé de nos situations, des huissiers qui sont venus chez l’une d’entre nous. Il y a beaucoup de choses, de termes juridiques que l’on ne comprenait pas, remplir le dossier de surendettement s’était trop compliqué et personne pour nous aider. On a fait venir de nombreuses personnes pour comprendre : un huissier, des banquiers, la banque de France par exemple. On a fait des recherches pour expliquer les mots. A partir de tout ce travail et de toutes les rencontres nous avons fait un guide. La CAF nous à aidé à le financer. Il est disponible à l’Antenne de Saint-Etienne. Par contre la Banque de France, n’a pas voulu l’utiliser... alors qu’il est simple et avec les mots de tout le monde, comme ça les personnes peuvent comprendre ce qu’elles lisent.

▬► Vous pouvez trouver le document sur le site Internet du « Portail pour l’accès aux droits sociaux » en document à télécharger au bas de l’article "Un document pour vous aider à gérer votre dossier de surendettement ").

Nous avons ensuite expliqué notre travail devant beaucoup de monde lors d’une rencontre avec le CDAFAL.

▬► En plus de celles que nous avons déjà mentionnées, nous formulons d’autres propositions sur le surendettement :

-  Un suivi psychologique ou accompagnement spécifique.
-  Que les huissiers gardent la confidentialité des dossiers (pas d’affiches dans le couloir de l’immeuble).
-  Interdire aux banques et aux grandes surface les crédits révolving ou au moins limiter ces propositions.
-  Qu’il y ait des aides pour que les enfants aient à manger plutôt qu’une enquête sociale.

Suite aux soucis sur le surendettement, nous avons été invités à créer le Portail pour l’accès aux droits sociaux. Nous avons conçu avec d’autres le site Internet (http://droits-sociaux.fr). Puis nous avons monté un groupe logement avec des jeunes et des moins jeunes confrontés à des problèmes de logement, mais aussi de cadre de vie. Nous avons été soutenus pour cela par la CAF qui a mis à disposition une assistante sociale. Certains d’entre nous étaient confrontés à des questions autour du logement et en particulier des jeunes de l’association Unis Cités qui prenaient un appartement pour la première fois : comment fonctionne la caution, le garant... De plus sur le site du Portail pour l’accès aux droits sociaux, une cinquantaine de personnes ont témoigné. Comme par exemple des personnes qui ont des trous dans leurs plafonds, des blattes qui grouillent de partout (voir : "Vivre avec un trou dans le plafond de la cuisine.").
Autres exemples :
-  Une personne âgée qui avait un appartement trop grand pour elle, la société d’HLM au lieu de lui proposer un appartement plus petit a condamné une pièce de son domicile (voir "l’OPAC et ses solutions miracles !!!")
-  Le propriétaire vend son appartement si c’est pour la famille elle est prioritaire sinon il est obligé de le proposer au locataire.
-  Qui doit payer les réparations de la chaudière le locataire ou le bailleur ?
Nous avons repris toutes les questions posées par les personnes, soit par l’intermédiaire du site interne, soit dans notre groupe. Nous avons fait un lexique pour expliquer des mots : bailleurs, garants, caution etc... Puis nous nous sommes dis qu’il serait intéressant de pouvoir rencontrer plus de monde et là nous avons repris nos questions, les réponses que nous avions trouvées sous forme d’un jeu de l’oie que l’on a présenté devant plus de 50 personnes. Suite à cette rencontre, des personnes présentes et des associations ont repris le jeu et l’ont utilisé dans d’autres groupes.
Nous avons voulu faire un travail d’éducation populaire sur les droits en matière de logement.

Aujourd’hui notre groupe se retrouve toujours, mais nous aidons d’autres groupes à s’organiser sur Saint-Etienne : quartier de Beaulieu et à Montreynaud, mais aussi dans d’autres communes comme à la Ricamarie et à Saint Jean Bonnefonds.

Nous avons participé le 29 novembre à la réunion au Conseil Régional sur la précarité et la démocratie participative.
Nous étions plusieurs personnes de Saint-Etienne, associations, élus, personnes en précarité, travailleurs sociaux. Nous nous sommes retrouvés pour faire le bilan et nous avons décidé de faire une rencontre en 2010, autour d’un diagnostic citoyen participatif qui permettrait de participer à l’élaboration de la politique sociale de la ville de Saint-Etienne.
Nous voulons exister, nous donner de la puissance pour pouvoir intervenir, maîtriser nos vies, dire et construire des choses, être entendus et participer aux décisions qui nous concernent.

Depuis nous aidons les personnes à s’orienter, à s’y retrouver, à ne pas se laisser intimider par les pressions.

▬► Nous formulons des propositions sur le logement

-  Une meilleure communication avec les bailleurs sociaux.
-  Que les groupes, collectifs d’habitants, soient associés aux réflexions, aux décisions de fonds des offices HLM, aux orientations comme à la gestion.
-  Que les lois existantes soient réellement en œuvre et respectées (lois sur les logements décents, réparations à faire par les bailleurs, mutation entre 2 logements dans les HLM, non discrimination …).

Michèle et Myriam

Contacts : michele.antignard@neuf.fr ; correia.myriam@neuf.fr

Voir : Texte de présentation du réseau du Portail pour l’accès aux droits sociaux lors de la rencontre autour de la publication du dossier annuel de la MRIE le 30 mars 2009

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