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Depuis 15 ans que nous réfléchissons, nous savons bien que nos problèmes de santé viennent de l’accumulation des difficultés.

samedi 18 avril 2009 - Groupe de femmes participantes à l’association La Noria

Texte lu lors de la présentation du dossier annuel de la MRIE le 30 mars 2009 à Lyon.

Nous sommes des femmes de plusieurs quartiers de l’agglomération lyonnaise et un peu plus loin : Pierre Bénite, Brignais, La Duchère, Saint Fons, Sainte Foy, Saint Etienne

Nous nous retrouvons ensemble autour des questions de santé depuis de nombreuses années.

Depuis 15 ans que nous réfléchissons, nous savons bien que nos problèmes de santé viennent de l’accumulation des difficultés.

- Difficultés pour trouver du travail :

On a besoin de travailler parce qu’on se retrouve seule avec des enfants ou parce que notre mari a perdu son travail.

Les seules choses qu’on peut faire, c’est garder des enfants ou faire des ménages.

On m’a dit que pour garder des enfants il ne faut pas habiter dans un immeuble des sans abris ou dans un quartier populaire et qu’en plus je suis maghrébine, « vous savez les parents ne voudront pas vous donner leur enfant à garder. » « On ne regarde jamais si on est de bonnes éducatrices »
Et quand au bout de plusieurs années, j’ai, par miracle, obtenu mon agrément d’assistante maternelle, j’ai eu en garde les enfants dont aucune nourrice de la commune ne voulait, car ils étaient en grandes difficultés ou que les parents ne paient pas régulièrement.

Nos jeunes ne trouvent pas de travail, quand ils ont un nom d’origine étrangère, quand ils disent où ils habitent, les portes se ferment. Même avec 5 années d’études.
Cela vient d’arriver à mon fils le mois dernier. Il avait fait son stage de fin d’étude de comptabilité dans une entreprise et son responsable voulait le garder car il était content de lui. Les patrons de Paris sont venus, ils ont dit qu’ils ne voulaient pas d’un arabe à la comptabilité.

On ne vous parle pas des arrestations quotidiennes quand ils vont au lycée loin de chez eux. On a peur de les laisser partir. On a peur qu’ils aient tellement la haine, que ça tourne mal, alors on les piste sur leur portable pour savoir si ils sont bien arrivés à l’école.

Si en plus on a un problème de poids, on n’a aucune chance de trouver un travail, même avec une formation. On nous pose des questions qui nous blessent : Vous allez tenir le coup ?, vous allez pouvoir faire le travail ? , vous n’êtes pas cardiaque au moins ?
J’en ai fait plusieurs dépressions, et sans travail, je suis obligée d’aller aux restos du coeur pour manger.

- Difficultés à faire face aux dépenses obligatoires avec les minimas sociaux : le loyer, la nourriture, les impôts, l’éducation, les vêtements, la santé.

On est obligé de faire des choix entre des choses qui paraissent normales : va t-on payer le loyer, acheter à manger, aller chez le dentiste ou le médecin ? de toute façon, on ne peut pas tout payer. Le pire c’est quand on n’a plus rien à donner à manger aux enfants.
On n’ose pas en parler autour de nous, on a honte.
“Moi j’ai failli être expulsée, je n’en ai jamais parlé à personne.”

Prendre des vacances, la plupart d’entre nous y ont renoncé. Quand on part au bled, c’est pour voir la famille, garder les liens avec nos racines. On n’y va plus toutes les années, c’est trop cher.
Et on sait bien que là-bas, ce n’est plus complètement chez nous. Ca commence comme ça, savoir où est notre place. Immigrée là-bas, immigrée ici.

Quand nous prenons nos parents âgés avec nous pour leur permettre de finir leur vie en famille, quand nos jeunes doivent revenir à la maison suite à un licenciement, cela nous fait payer des impôts alors que nous mettons en place des solidarités familiales qui font faire des économies à la société. Ce n’est pas juste.

- Difficultés pour ne pas perdre sa dignité

Quand on ne parle pas bien le français, que l’on ne connaît pas bien les lois françaises, on doit trouver des personnes qui nous accompagnent.
Pour nous c’est très humiliant d’aller demander de l’aide. Il ne faut pas croire que nous profitons du système. Et il faut pouvoir supporter les regards, les jugements dits ou sous entendus de ceux et celles qui nous reçoivent. Il y a des regards qui tuent.

Simplement, nous voulons faire respecter nos droits au même titre que les autres citoyens de ce pays, quelque soit notre apparence physique, notre origine, nos différences culturelles, notre statut social, chômeur, rmiste, retraité, hommes ou femmes, quelque soit notre âge.

Vivre ici, c’est lutter chaque jour pour garder sa dignité. Nous voulons faire reconnaître nos compétences, passer par dessus les barrières de la discrimination. Nous avons des besoins normaux, on est des êtres humains comme les autres.
Nous avons la même valeur.

Nous sommes des femmes confrontées à toutes ces difficultés, mais nous voulons croire qu’un changement est possible. Nous voulons rester debout, prendre notre place dans la société, participer pleinement à son évolution.
Certaines d’entre nous sont très engagées dans leur quartier : développer du lien social pour sortir les femmes de l’isolement, des soucis qui les accablent, prendre soin de leur santé. S’occuper des personnes âgées isolées travailler sur les questions d’éducation, de logement.
Certaines ont accédé à un statut d’adultes relais. Mais elles sont trop peu nombreuses

- Propositions de la Noria en tant qu’association

Nous proposons de réfléchir avec d’autres habitants et avec les institutions à la redéfinition du calcul des minimas sociaux, comme cela s’est déjà fait au Canada.
Qu’est ce qu’on doit prendre en compte pour définir ces calculs ? Quelles sont les valeurs morales qui vont être retenues pour donner du sens à ces calculs ? Il faut que ces expériences de vie puissent servir à établir des politiques publiques plus justes.

Toutes ces femmes qui s’investissent dans leur quartier démontrent l’importance de leur action pour le maintien des solidarités, pour le soutien des populations et pour faire des quartiers des lieux de vie dignes.
Comment ces actions peuvent-elles être reconnues, prises en compte et valorisées par les politiques, les institutions, mais aussi les structures de proximités ?
S’investir dans la vie de son quartier quand on a de faibles revenus c’est très difficile. Pour être bénévoles il faut avoir un revenu suffisant. Nous proposons de réfléchir collectivement à la reconnaissance économique de cette utilité sociale.

Ce texte a été écrit et lu à plusieurs voies par un groupe de femmes qui travaille avec l’association la Noria située à Oullin dans le Rhône, 1 rue Henri Barbusse, 69600.
Contact : contact@lanoria.fr ; 04 72 39 29 45 ou 06 85 19 99 49

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