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Lyon : La charité et les libertés

Les impressions du collectif SDF d’Alsace à la rencontre régionale du 29 novembre.

mardi 9 décembre 2008 -

Environ 650 personnes sont venues à la rencontre « Pauvreté, précarité, quelle démocratie participative pour quelle transformation ? » organisée par la région Rhône Alpes, alors que les organisateurs en espéraient la moitié.
160 professionnels sont venus, dont quelques militants syndicaux.
60 élus seulement ont répondus à l’invitation de la Région. Ont-ils eut peur de rencontrer les "pauvres", peur d’être accusés de tous les maux ? Et bien les absents ont eu tort, pas un mot sur la politique...
Les autres étaient donc des personnes confrontées à la pauvreté et à la précarité.

Les associations, les collectifs, ont participé à la préparation de cette journée, ce qui explique les nombreux témoignages, mais le manque de revendications, l’absence de propositions et aucune remise en cause de leurs principes de fonctionnement.
On croira à la volonté des associations d’aide de tout faire pour nous accompagner "vers une sortie par le haut", lorsqu’elles exigeront avant tout et avec nous la réhabilitation de nos droits : droit au logement, droit à la santé, droit à la parole...
J’ai croisé des membres du DAL, le collectif Roms, AC... Et je regrette que ces associations militantes n’aient pas eu assez de temps pour parler des actions qu’elles mènent...

Après une présentation assez longue avec discours, chanson, vidéo... Une seule heure pour les ateliers !
L’après-midi était consacré au bilan, sous la forme d’un show... Etrange.

Cette rencontre nous a néanmoins conforté dans notre idée qu’ensemble on peut devenir une force de propositions et d’actions.
Il est évident que nous devons créer des liens entre nous : quartiers, Roms, sans-papiers, sans-abris, sans emploi... Les associations ont-elles bien entendues ce souhait ? Le veulent-elles ?

La politique d’urgence à eut la part belle.
Les personnes concernées en ont dénoncé trop d’effets pervers : accueil de nuit sans hébergement, dortoirs collectifs, enlèvements d’enfants à leur famille, démolitions d’immeubles, loyers trop chers, charges toujours en augmentation, coût de la vie, mobilier anti-citoyen (bancs anti-clochards), vidéo-surveillance, refus de l’habitat différent (caravanes, cabanes, tentes, ...), coupure brutale de la CMU, rupture de RMI, obstination a malmené les sans-papiers, emplois précaires (quand il y a des propositions), pressions de toutes sortes .....

Mais qui a rappelé le rôle premier de cette veille sociale ? : apporter des réponses concrètes à des situations concrètes.
Personne parmi les "professionnels", venus pourtant en grand nombre, n’a avoué que la fonction principale de ce dispositif est devenue la distribution des places...
La veille sociale s’est adaptée, elle aussi, à une volonté politique générale de ne proposer que des actions sparadrap, et de gérer les problèmes qui se présentent puis de passer au suivant...

C’est la fuite en avant.
Rien n’a permis de décortiquer ces dysfonctionnements où on accueille et où on exclut sans que les pratiques ne soient jamais clairement énoncées, ni clairement évaluées.

Cette situation est connue des pouvoirs publics et de toutes les associations d’"aide", ce constat a été clairement posé.
En effet, tous participent à entretenir cet état de fait, cette non-politique. Le social dans sa globalité est tombé dans un cercle vicieux qui se retrouve dans toutes les administrations et dans tout le secteur subventionné, ...

...qui a oublié les raisons pour lesquelles il reçoit des subventions
Des millions chaque année utilisés en chambres d’hôtel. Personne pour relever cette aberration et protester contre ce gaspillage, cette utilisation lamentable de l’argent public.
Il ne s’agit pas de dénoncer l’action des associations qui sont engagées dans la précarité, mais de mettre en avant combien elles collent à un modèle installé depuis des lustres.
Lorsqu’il s’agit de nos droits ces associations coincées sur leur segment de misère, sont incapables d’en avoir une vision juste, une vision large, chacune préserve son pré-carré, sa part de la misère...
Aucune proposition d’action n’a été évoquée, pas un mot sur les logements vacants et la loi de réquisition. Le droit au logement est le premier à exiger.

Les exclus sont systématiquement exclus de leur "insertion".
On nous déni toute participation à reconstruire nos vies, on nous déni toute parole...
Cette rencontre a permis de mettre en avant le refus, le ras le bol des personnes qui vivent des situations dramatiques. Tous ceux qui vivent la pauvreté au quotidien savent combien les situations d’humiliation, de manque de respect, d’irrespect sont fréquentes. C’est comme si nous valions moins que les autres. Aujourd’hui, tous ceux qui étaient à Lyon savent que nous sommes nombreux a vouloir être acteur de nos vies.

Notre parole ? Notre avis ? Nos envies et nos désirs ?
Ces mots se sont retrouvés dans plusieurs ateliers...
Les personnes en situation de grande pauvreté et d’exclusion sociale ont une connaissance, un savoir d’expérience liés à leur vécu de résistance à la misère qu’elles veulent partager. Elles veulent être entendues et réclament une expression plus simple de la part des élus, mais aussi des associations.

La communication leur semble, à juste titre, devenue incompréhensible ; chacun à "son" langage et y reste enfermé.
Les seules actions évoquées à Lyon, qui donneraient la parole aux pauvres ou leur permettraient de s’exprimer : du théâtre forum, des ateliers poésies, et l’université populaire d’ATD Quart-Monde, c’est peu et trop limité à mon avis. Ce dont nous avons besoin c’est de formation... Une formation militante ?

Alors ? Le bilan de notre présence à Lyon ?
C’est à nous de créer une force de protestations ET de propositions ;
À nous de trouver les moyens de faire sauter les verrous du langage.
C’est à nous de créer des liens, des passerelles avec les associations "d’action".
C’est à nous de créer la solidarité, de replacer l’humanité au cœur de toutes les politiques, de tous les projets.
C’est à nous de créer de nouveaux réseaux et de soutenir ceux qui se développent, comme le Réseau Personne Dehors de Lyon.
C’est à nous de refuser cette résignation qui est entretenue par ces « accompagnants » qui au bout du compte nous neutralisent ;
À nous de refuser les clichés ;
À nous d’exiger nos droits et de rappeler aux élus, aux associations d’aide "que nul n’est au-dessus des lois".

Pour cela, tous ceux qui ont un savoir intellectuel, politique, scientifique devraient nous soutenir, en s’associant aux militants qui ont le savoir de l’action, afin d’expliquer et d’interpréter les situations, à ceux qui ont devoir de nous accompagner.
La Région Rhône-Alpes a une sérieuse avance sur l’Alsace qui reste muette.

Nos remarques pour les organisateurs :
Le temps de parole dans les ateliers ne doit pas être réduit à 1 heure.
Les personnes qui animent les ateliers devraient recevoir une petite formation aux techniques de participation ;

• inviter plus d’associations militantes (comme par exemple le DAL, AC Chômage, ) et à participer beaucoup plus ;
• inviter des architectes et des urbanistes ;
• inviter à s’exprimer des associations comme La Fac (éducation populaire), ont-elles des propositions de formation ? Peuvent-elles créer des passerelles entre les personnes, les associations, les élus ? ;
• inviter les travailleurs sociaux à s’exprimer.

Cette rencontres des personnes en situation de pauvreté a prouvé son utilité et doit être poursuivie.
Les personnes directement concernées par la pauvreté doivent impérativement être associées à ce processus. Pour la vivre au quotidien, elles sont évidemment les mieux placées pour juger quelles sont les mesures prioritaires à prendre.
Malgré tous les problèmes de communication évoqués j’ai été surprise de voir à quel point communiquer restait possible.

Je remercie La FAC (Formation et Action Citoyennes) de nous avoir invité et le Réseau Personne Dehors d’avoir fait le lien.
Merci aux organisateurs.

Monique Maitte, porte parole

Le collectif SDF d’Alsace est un collectif de sans-abri construit dans la lutte. Il est né à Strasbourg en Avril 2007, suite au mouvement des Enfants de Don Quichotte dont il s’est ensuite séparé.
Voir leur blog "SDF Alsace. La parole des SDF et des mal logés"
Porte Parole, Monique Maitte
06 33 29 06 42, sdf.alsace@gmail.com

Vous pouvez lire d’autres impressions dans la rubrique : "La journée du 29 novembre à la Région Rhône Alpes"

Egalement un compte rendu de cette journée sur le site de la Région Rhône Alpes, avec les différents projets participatifs et des liens vers les sites web des porteurs de projets.

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