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Le parcours du groupe "l’Envie de Vivre" (de son origine à ce qui se profil pour l’avenir)

Une expérience d’action collective solidaire avec des personnes mises en très grandes difficultés sociales, en partant de leurs envies et capacités.

mardi 11 novembre 2008 -

Ci dessous le témoignage d’une puéricultrice du Conseil Général de la Loire sur une expérience d’action collective solidaire avec des personnes mises en très grandes difficultés sociales, en partant de leurs envies et capacités.
Cette expérience sera présentée le 29 novembre à la Région Rhône Alpes, lors d’un des ateliers de la journée « Pauvreté, précarité, quelle démocratie participative pour quelle transformation ? » (sous atelier n° 4.3. "S’appuyer sur les compétences des citoyens pour conduire des projets, produire des initiatives collectives").
Voir :
-  Les deux témoignages qui ont servi de base à cette présentation.
-  L’état actuel de la liste des ateliers de discussion
-  « Pauvreté, précarité : quelle démocratie participative pour quelles transformations ? »

L’origine du projet :
Au fils des années, les travailleurs sociaux de la RICAMARIE ont fait ensemble le constat suivant :
Un nombre important de familles vit des situations très complexes, très lourdes qui risquent de les mettre en grande difficulté dans la prise en charge du quotidien auprès de leurs enfants. Dans ces situations, l’accompagnement individuel comporte de nombreuses limites.
Ces mères témoignent de cette réalité difficile, où « on fait tout en même temps ». Parfois l’épuisement est tel qu’il est difficile de se lever le matin pour s’occuper des enfants.
Ces personnes sont peu mobiles (la plus part n’ont pas de voiture pour faire les courses, pour sortir), elles ont peu de lien avec l’extérieur, pas de réseau de soutien, pas de relais ou de mode de garde pour les démarches nécessaires....
Nous avons donc analysé les limites de notre accompagnement qui ne répond que partiellement aux besoins, et où nous avons tendance à pointer ce qui ne va pas. Les interventions que nous proposons pour seconder ces mères, représentent un coût pour les familles elle mêmes. Nous nous adressons à des associations qui ont des limites, des contraintes, et qui ne répondent pas à tous les besoins.
Nous constatons de façon générale, que c’est surtout l’isolement qui rend le quotidien si difficile.
Ce questionnement nous a permis de proposer des rencontres collectives à ces personnes. Le groupe peut devenir une force pour chacune, c’est par nos relations qu’on peut agir. Il permet de prendre conscience que les problèmes existent pour d’autres et que chacun cherche à vivre mieux la réalité.
La formation au Développement Social Local (DSL) à laquelle j’ai participé, a été le point d’appui pour oser apporter toute la présence nécessaire pour encourager chacune à entrer dans cette démarche, à la poursuivre et à construire ensemble, au fil des rencontres, des projets.

La philosophie du DSL :
Sa force est la proximité, sa richesse est sa capacité d’adaptation et d’innovation. C’est un lieu d’accueil et d’accompagnement des personnes.
Il est ancré sur un espace géographique défini sur lequel il doit développer, dans le cadre d’un large partenariat, des projets qui visent à restaurer le lien social, à prévenir l’exclusion.
Il part du postulat de la capacité des personnes à résoudre les problèmes, de leur nécessaire implication dans les affaires qui les concernent, et que la participation des habitants est vitale pour la société. Avec l’augmentation de la pauvreté et de l’exclusion, le collectif est un impératif. L’action collective et le développement social travaillent toutes les reconstructions nécessaires pour que les personnes soient à nouveau debout. Le travailleur social doit fonctionner comme une communauté locale de soutien pour les personnes en besoin de reconnaissance et de rencontre pour les mettre en situation « de faire ».
Le DSL souhaite : développer l’autonomie des gens, limiter l’assistance, mobiliser les gens et toutes les forces sociales d’un territoire autour des projets, lutter contre la désagrégation du tissu social, favoriser l’émergence de solidarités locales, dénoncer le cloisonnement institutionnel. Le DSL s’organise à partir de l’implication des usagers et des représentants de la population. Il renforce la démocratie locale.
Les personnes deviennent en capacité de s’organiser alors qu’avant, on pensait pour elles. Elles prennent collectivement conscience de leur responsabilité et leur capacité à résoudre les problèmes, et non de la culpabilité à être en difficulté. La participation au groupe est un facteur de construction de l’identité individuelle et collective.

La période doute
Nous avons proposé cette possibilité de rencontre en groupe à une douzaine de personnes aux situations sociales semblables. Chacune a répondu favorablement, ces mères semblaient recevoir cette possibilité comme une chance de vivre mieux, de se sortir de leurs problèmes.
Le groupe a démarré très difficilement. Les premiers mois, rien ne se passait, la présence de chacune était très irrégulière, on se retrouvait souvent à 4 ou 5, chacune semblait déçue...
Cette phase un peu chaotique a été le point de départ qui a permis l’évolution marquante du groupe. En effet, chacune a pu exprimer son désir d’appartenir à un groupe, en expliquant clairement en quoi c’était utile pour elle, il a été décidé ensemble d’élaborer des projets à partir des envies et non des problèmes. « Le but du groupe c’est pas forcement de régler les problèmes, mais de faire sortir les personnes de chez elles et d’organiser des choses ensembles » « Parler des problèmes, il n‘y a pas de solution, plutôt que de parler des problèmes, il faut faire des choses intéressantes ensemble » « Malgré nos problèmes, on a le courage et la volonté de faire des choses ensemble ».
Le groupe s’est baptisé peu à peu « l’envie de vivre » : « Je suis là parce que j’ai envie de vivre, le groupe peut aider à tenir le coup ». Pour chacune, le besoin prioritaire est que le groupe existe, que des liens se créent.Ce groupe comprends actuellement 9 personnes, mères de familles.

Les ouvertures sur la commune
A partir des envies, nous avons découvert ce qui était à notre disposition et la qualité du travail, de l’accueil dans les différents lieux :
-   Découverte de la médiathèque
-   Accueil à Tissage coloré et la possibilité d’avoir une salle à notre disposition
-   Atelier de théâtre : ceci a permis un lien avec les autres associations de la commune (Tissage coloré et vivre ensemble).
-   Organisation d’un repas en décembre 2007 à l’occasion de la fête de l’Aïd El Keidir et de Noël avec les différentes associations et la participation de la commune. Cette fête mettait en évidence nos valeurs communes basées sur l’entraide et la solidarité et le souhait de tous de construire du lien avec les différentes associations, les partenaires, les habitants.
-   Elaboration commune de la fête des découvertes de Juin 2008. Le groupe est alors identifié par les élus.
-   Projet de sorties à la journée à l’initiative de Tissage Coloré avec la participation du groupe « l’Envie de Vivre » pour l’élaboration des sorties.
-   Deux interventions à la demande de l’IREIS (Institut de formation des éducateurs et assistantes sociales) pour les élèves de 1ère et de 3ème année avec le témoignage de deux personnes du groupe « l’Envie de Vivre ».

Ce que ces expériences apportent concrètement aux différentes personnes qui y participent :
« Dans le groupe, personne n’a une place plus importante que les autres, on peut tout mettre à plat ». C’est ce qui semble nécessaire pour que chacune se sente respectée, en confiance, et trouve une place, se sente exister parmi les autres.
« On a réussi des choses ensembles, j’ai découvert qu’on était aussi compétent que les gens compétents » Nous avons construit des expériences positives, à partir des envies, décidées ensemble, autant de conditions pour retrouver l’estime de soi, le sens de sa valeur propre.
Quand une famille traverse des difficultés, c’est douloureux pour les adultes de pouvoir cerner les problèmes s’il n’y a pas un minimum d’estime de soi. La plupart des personnes sont dans le déni parce que c’est insupportable d’avoir le sentiment de vivre en permanence une succession d’échecs et de se sentir impuissant, incompétent. Les réussites ont permis à chacune de réaliser ses capacités, elle peut alors regarder la réalité avec plus de confiance dans ses ressources.

De nouveaux projets se profilent, en lien avec les autres associations :
-   Nous participons, avec un collectif d’associations, à une recherche de solution pour répondre au problème des modes de garde sur la commune, en lien avec les élus. En effet, de nombreuses personnes n’ont aucune possibilité pour confier leurs enfants, ce qui constitue un empêchement à effectuer de nombreuses démarches et parfois même un renoncement à mettre en route des projets.
-   Nous souhaitons être un groupe ouvert et accessible aux personnes qui sont seules, nous réfléchissons à une forme d’accueil, avec l’objectif de rechercher des solutions aux difficultés qui pourront s’exprimer.
-   Nous souhaitons également organiser des sorties pour nous ouvrir aux différentes réalités qui nous entourent et des rencontres pour nous enrichir les unes les autres.

La relation construite en développant le collectif permet de poursuivre nos missions de façon plus adaptée, plus positive. C’est une expérience très impliquante qui permet :
-   D’apprendre à ne pas faire de projets pour les autres, mais d’être simplement facilitateur
-   De s’intéresser plus particulièrement aux capacités
-   Ca humanise la relation d’aide, le professionnel apparaît comme une personne
-   La personne accompagnée peut s’approprier les aides proposées d’une manière digne

L’enrichissement sur le plan local
Le groupe a contribué à développer et enrichir le partenariat local et ouvre des perspectives. Il n’avait pas encore été possible sur la RICAMARIE que les associations mettent en commun leurs ressources et compétences pour construire un projet. Voici le témoignage de l’animatrice de l’association Tissage Coloré :
« Le repas du 22 Décembre est un évènement, on en a parlé beaucoup sur la commune. Il a permis une mobilisation importante de nombreux partenaires. Depuis 10 ans, il n’y avait rien eu d’aussi grand (beaucoup de dons, de participation de bénévoles) et tout ça en deux mois pour le réaliser !!! Il n’y a pas eu une association qui a pris le dessus, c’est resté à l’initiative du groupe l’Envie de Vivre. Tissage Coloré est intervenu en soutien, ça a permis de rapprocher beaucoup de monde ».
Ces femmes sont dans un processus d’ouverture, elles estiment qu’on a besoin de reconstruire de la solidarité de proximité, de l’entraide. Elles ont pris conscience de leurs capacités et compétences. Elles souhaitent affirmer leur utilité auprès des autres.
Ainsi partir des besoins des personnes qui traversent de multiples difficultés, construire des actions collectives à partir de leurs envies, devient une force pour l’ensemble des partenaires et des habitants d’une commune.
Ce que nous construisons a un impact sur les autres, pour certaines personnes qui ne font pas la démarche de participer, comme pour l’ensemble de la commune qui aujourd’hui compte sur notre présence pour élaborer des projets.

Josiane Reymond

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