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Réflexions sur le travail social aujourd’hui.

jeudi 13 septembre 2007 - Josiane

Au sein du Collectif Unitaire Anti Délation (CUAD) de la Loire, qui s’est constitué pour résister à la loi dite de « prévention de la délinquance" (voir : "Une logique déshumanisante qui nie les valeurs du travail social ?", voir également le site du Collectif national unitaire de résistance à la délation : www.abri.org/antidelation) , un groupe s’est mis en place pour réfléchir sur le rôle et le contenu du travail social aujourd’hui et essayer de faire émerger de nouvelles pratiques. Il est constitué de travailleur sociaux, de Rmistes et d’autres personnes intéressées au renouvellement du travail social.
Une première réunion a eu lieu le 11 juillet dernier. Le texte ci dessous en est le compte rendu. Il se veut une contribution et un appel à approfondir le débat.

Nous nous interrogeons pour savoir s’il est possible d’organiser des temps de réflexion tout public sur la question du travail social aujourd’hui.
Les dernières lois réveillent notre esprit critique, et nous constatons que ce qui s’est construit en matière d’accueil des différents publics repose sur une logique de contrôle, de rentabilité, ce qui n’est pas une réponse adaptée aux besoins exprimés. Il est important aujourd’hui d’interroger tous ensemble les pratiques des acteurs sociaux pour dégager des pistes concrètes de travail permettant une autre manière d’être avec les personnes en demande d’aide, et faire ainsi évoluer le travail social. Nous cherchons :
  des interventions qui nous aident à trouver des repères ;
  des pistes concrètes pour trouver comment ça peut se passer de façon plus ouverte, plus riche favorisant la participation active de chacun ;
  l’intérêt est de rassembler le plus grand nombre autour de cette recherche.

Chacun a pu dire comment il comprenait la situation actuelle, qu’elles étaient ses questions, ce qu’il estimait intéressant de développer comme démarche de réflexion. Voici les différents commentaires que nous avons pu partager.

Les conceptions qui sont formalisées dans les nouvelles lois s’appuient sur une grande dégradation de la prise en compte des plus pauvres. Ce n’est pas une conception d’une responsabilité de la société par rapport aux plus fragiles mais une mise en culpabilité des plus pauvres qui justifie le contrôle et la répression. On a stigmatisé une partie de la population. Il faut déconstruire le discours anti pauvre et sécuritaire.

Cherchons à aider les gens à trouver un chemin pour s’en sortir collectivement, contrer la disqualification de la parole populaire.

Derrière les dispositifs, il y a une logique économique, il y a des comptes à rendre budgétaires dans le travail social. C’est une logique sécuritaire qui recoupe une logique économique. Les marges de manœuvre du travailleur social s’amenuisent.

Les classes pauvres ont toujours été considérées comme dangereuses par « l’élite ». Une des questions que le mouvement ouvrier a soulevée est celle de la possible autogestion des couches populaires. Peuvent elles s’autogouverner ? Le mouvement ouvrier a obtenu des droits grâce à ses luttes. Puis, on a assisté au délitement des consciences populaires, par une politique d’individualisation, d’enfermement pour éviter les solidarités. C’est la logique libérale où l’individu est isolé, réduit à l’impuissance. C’est la guerre de tous contre tous qui justifie les politiques sécuritaires. La raréfaction des ressources (pétrole, eau, matières premières...) renforce cette logique économique

Comment reconstruire cette solidarité en sortant des problématiques caritatives ?

La logique économique réduit l’individu à sa capacité de production et de consommation, il doit rentrer dans une norme, celle de la rentabilité.

La formation des assistants sociaux propose une réflexion sur la base de données sociologiques, de droit... des outils pour réfléchir globalement. Mais le lien ne se fait pas entre ces éléments théoriques et la pratique professionnelle. La profession d’assistante sociale s’est démarquée du caritatif, mais derrière il y a des politiques. Il faut distinguer ce qu’est le travailleur social et ce qu’on veut lui faire faire. On ne sait pas parler collectivement de notre pratique, du positionnement du travailleur social face à l’individu, au collectif, à l’institution, au contexte politique (intervention complexe, les infos ne circulent pas entre les professionnels). On ne sait pas rendre visible ce qu’on fait. On ne sait plus faire ensemble, on renvoie l’individu à lui-même

Comment résister à une politique qui nie le travail social ?

Le travailleur social, ce n’est pas uniquement l’assistante sociale, ce sont les animateurs socioculturels, les éducateurs...Il faudrait définir le travail social. Le travail social est un produit direct de l’organisation de la société, il est au service de la société capitaliste. On oscille entre des logiques répressives et des logiques de compassion, on met un pansement là où ça fait mal. L’assistante sociale, dans l’entreprise était là pour gérer les conflits, la classe ouvrière étant considérée comme dangereuse.
Avec les « trente glorieuses », se développe l’accès à la culture, des débats, la classe ouvrière porte l’avenir de la société. Dans les années 70, on a parlé de promotion de l’individu, c’était la culture de la promotion sociale, l’accès aux droits.
Depuis la crise des années 80, on retombe dans l’idée que le pauvre est potentiellement dangereux. On demande aux travailleurs sociaux de contrôler, il faut que dans les quartiers, ça se passe le moins mal possible. Ajouté à çela la façon dont on n’a pas digéré les guerres coloniales, on demande aux travailleurs sociaux de faire respecter la paix coloniale dans les quartiers. Le travailleur social est au service d’une politique capitaliste et néo coloniale.
Comment travailler à la promotion collective des individus ? Tout le discours sociologique c’est la promotion de l’individu.

Est il juste de répondre à l’idéologie dominante ? Est-ce qu’on continue aujourd’hui à assumer cette contradiction ou cherche t-on à mettre en place des logiques mobilisatrices : travailler à la promotion collective ?

Les initiatives locales sont découragées, la professionnalisation des actions collectives a pris le pas orchestrée par la commande institutionnelle, avec les principes de subvention.

Il est nécessaire de se réinterroger sur ce qu’est aujourd’hui le travail qu’on fait, soit on accepte de faire tenir ensemble des contradictions, soit on rentre dans des logiques de rupture.

Le travail social n’est pas neutre.
En 25 ans, on a mis par terre les quartiers en professionnalisant.

Comment les habitants peuvent trouver par eux même des solutions ?

Ils ont toujours su le faire ? Pas forcément. Mais il y avait autrefois plus de lien social, plus de solidarité, entre les familles et les individus. Aujourd’hui le « lien social » s’est délité, alors plus d’individus se retrouvent isolés.
La tendance actuelle est de donner une réponse professionnelle, basée sur l’assistanat plutôt que sur l’émancipation de l’individu, à toutes les situations, les « accidents de la vie ».

Les personnes ont besoin de retisser du lien social, s’échanger des idées et de retrouver les capacités à gérer les évènements auxquels elles sont confrontées.

Pour le public, les assistantes sociales sont de l’autre côté de la barrière. Les centres sociaux, les amicales, se concurrencent au niveau des subventions, ils deviennent une boutique de loisir.

Les difficultés des mouvements d’éducation populaire ont pour origine le fait qu’ils sont rentrés dans le système, de proposer des activités pour faire venir les gens. Avant ils étaient des organisations de lutte.

Il faut reconnaître les couches populaires comme porteuses de compétences (ex des fêtes de quartier, projet dont la Mairie s’empare).
Il faut mettre en débat les pratiques et conceptions du travail social et des politiques sécuritaires à très grande échelle. Il faut proposer un travail qui engage des choses sur le terrain.
Que le travailleur social devienne un moyen de transformation, qu’il aide à une autre conception du social et de la personne pour une transformation de la société. Il faut sortir de la dimension réductrice de la personne pour une dimension globale sur l’ouverture des droits fondamentaux et que le travailleur social aide à assurer ces droits.

Différentes pistes :
  Projection du film « Braves gens n’ayez plus peur ».
  S’adresser aux structures des quartiers, commencer là où on habite, s’appuyer sur des expériences, les parents d’élèves FCPE, donner la parole aux gens.
  Assemblée générale des centres sociaux.
  Pousser le travail d’analyse pour construire des stratégies à partir des expériences concrètes.

Nous ressentons tout l’intérêt de cet échange qu’il est nécessaire de poursuivre. Nous souhaitons continuer ce travail d’analyse, de mémoire des différents évènements qui ont contribué à construire cette situation de fermeture et d’isolement. Nous souhaitons également nous intéresser à ce qui existe déjà et qui contribue, par la prise en compte de la réalité, à construire collectivement des réponses adaptées.

Possibilité de lecture :
« Reconstruire l’action sociale » Michel CHAUVIERE, Jean Michel BELORGEY, jacques LADESOUS (Dunod 2006)
« Le travail social dans l’action publique » Michel CHAUVIERE
« Pourquoi le travail social ? » Saül KARSZ

Compte rendu réalisé par Josiane

Une prochaine rencontre de ce groupe, ouvert à toutes les bonnes volontés, aura lieu le Mardi 11 Septembre à 18heures au « Pères peinards » à Saint Etienne, rue du jeux de l’Arc (voir le compte rendu).

Forum

Date par Message
6/09 CHOMAT Vivette Réflexions sur le travail social aujourd’hui.

Je rejoins votre réflexion sur les dérives du travail social qui vois sa fonction de contrôle prendre une place disproportionnée par rapport à sa fonction d’émancipation. Il y a à s’interroger sur la culture professionnelle des travailleurs sociaux et leurs capacités à saisir des opportunités, s’infiltrer dans des interstices pour apporter du nouveau et de l’innovant. Rien de pire que l’acceptation passive et résignée de ces dérives ou l’adhésion par manque d’imagination et de créativité. Un mouvement qui me semble particulièrement dangereux est celui de la mécanisation des actes professionnels par un recours abusif à la définition de procédures et l’usage qui en est fait : est-ce qu’une procédure est un repère qui permet de s’orienter dans le travail mais qu’on adapte "en situation" ou une règle à laquelle ne pas déroger ? Il me semble que dans un vent de folie visant à se protéger de tout, on en vient à sacrifier la réflexion au profit de l’action : on fait, on ne sait plus pourquoi. Je crois que la première des résistances à ce mouvement mortifère, c’est de ré-instaurer des lieux de réflexion et d’échange. Sans attendre qu’un pouvoir supérieur (employeur, instance administrative...) nous accorde ce temps de réflexion et d’analyse (même si nous estimons qu’il fait partie des outils de travail qui devraient nous être offert au même titre que le téléphone, le papier, un local et l’accès à un ordinateur par exemple), il s’agit de sortir de l’isolement et ensemble d’apprendre au moins à ne pas être dupe et même peut être à devenir malin. En ce sens, l’existence de votre initiative me fait plaisir. Quand à moi, j’appartiens à un groupe de réflexion sur l’évaluation dans le travail social. Ces rencontres se font au sein d’une association "RéseauEval" en lien avec le département de sciences de l’éducation de l’université de Provence. Voici l’adresse de notre site : http://www.reseaueval.com/ Bonne continuation. Je vais diffuser votre article auprès d’autres groupes de réflexion.

CHOMAT Vivette

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