[Portail pour l’accès aux droits sociaux]

Témoignages de roms roumains vivant dans un squat à Saint Etienne : "Je suis parti de la Roumanie à cause de la pauvreté."

samedi 10 mars 2007 - Georges Günther

JPG - 67.8 ko
Deva-Roumanie-quartier rrom-©mpv

Certains de ces témoignages ont été lus lors d’une conférence de presse tenue le 28 février par le réseau de solidarité avec les familles roms de St Etienne. Ce sont ceux de roms roumains qui vivent dans le « squat21 » rue Béraud à St Etienne (un ancien centre EDF). Une partie d’entre eux avait été chassée du terrain du Clapier le 25 juillet 2006 par le maire de St Etienne avec le concours de la préfecture (voir sur le site des réseaux citoyens).
Ce qu’ils écrivent, montre qu’ils arrivent en France pour fuir la très grande misère et le racisme qui sévissent en Roumanie.
Leur installation rue Béraud a permis une amélioration de leur vie quotidienne (hébergement en dur, eau courante, électricité), ce qui a rendu possible la scolarisation des enfants, l’amélioration du suivi médical, la recherche de travail, un meilleur accompagnement dans les démarches administratives, un travail d’alphabétisation. Des liens se sont noués avec les associations et les habitants (voir « Les familles roms installées à Saint-Etienne ne doivent pas être expulsées. Le maire doit aller au bout de son engagement public »).
C’est dans ce processus constructif qu’il faut avancer. Une mesure d’expulsion réduirait à néant tout ce qui a commencé à se construire.
Suite aux propos publics du maire de St Etienne lors d’un conseil municipal (voir : "Nous demandons le droit d’habiter, d’avoir des revenus et de mettre nos enfants à l’école."), une deuxième rencontre avec les élus de la ville aura lieu lundi 12 mars pour travailler à des solutions d’habitats décents et durables.

Georges Günther

Les témoignages

Anna
Je m’appelle Ana Nica. Je vis avec le père de mes enfants. Ionut a 3ans et vit en Roumanie avec sa grand-mère. En France, nous avons une petite fille Ariana, elle a 3 mois.

Mon mari recherche un travail, mais c’est très difficile. Nous n’avons pas d’argent, pas d’allocation. Adriana va à la P.M.I. mais les pharmacies ne donnent pas toutes les médicaments gratuitement.
Nous aimerions que notre fils viennent vivre avec nous, en France car il nous manque beaucoup et que c’est très difficile en Roumanie.

Danut
Je m’appelle Daniel Covaci. J’ai 31 ans. J’ai trois filles. La plus grande vit avec sa mère. J’élève seul les deux plus petites. Je suis parti de la Roumanie car la vie était très difficile et je voulais de meilleures conditions de vie pour mes filles.
Je suis arrivé en France en 2004.

A Saint-Etienne, j’ai souvent été expulsé. En 2005, j’habitais rue Perret, mes filles allaient à l’école de Tarentaize. Nous avons été mis dehors, elles ont du quitter l’école. Je suis allé à Michon, puis à Terrenoire, puis rue de la chance, puis à la Ricamarie, puis au Clapier.
Depuis le 27 Juillet 2006, nous habitons rue Béraud. Mes filles ont enfin pu être scolarisées sur une année ! Elles vont à l’étude et au centre social. C’est très important pour moi.

Pour le moment nous sommes bien. Jusqu’à la prochaine expulsion.
J’ai envie de vivre ici, car mes filles ont fait beaucoup de progrès. Je prends des cours pour mieux apprendre la langue, au centre social avec des amis Français. Je cherche du travail dans tous les domaines, mais c’est compliqué et long pour les Roumains d’obtenir une autorisation de travail. En attendant de trouver un travail, je vends des journaux, pour survivre avec mes filles.

JPG - 61.8 ko
Danut et ses filles ©mpv

Doïna :
Je suis venue en France car en Roumanie on est privé de beaucoup de droits. Quand on demande le droit de travailler on est souvent refusé : il n’y a pas assez de place ou bien il faut payer pour travailler !
J’ai un diplôme d’ingénieur agronome et du temps du communisme j’étais employée comme professeur dans un lycée agricole. Quand Ceausescu est tombé, le marché de l’agriculture a chuté et la directrice du lycée où je travaillais m’a demandé de l’argent pour que je puisse continuer à exercer. Un professeur gagne en moyenne 100 euros par mois, il fallait que je paye le loyer et toutes les charges, j’ai donc perdu mon emploi.
Avant, tout le monde avait un travail et était obligé de travailler. Cependant même en ayant un travail, les salaires étaient très bas et les conditions de vie restaient difficiles : je n’ai pas pu payer la facture d’électricité et ma famille en a été privé pendant 8 mois. C’est pour cette raison que nous avons décidé de quitter le pays pour une période jusqu’à ce que les choses changent là-bas.
Je n’arrive pas à faire la manche, l’humiliation est trop forte ! Mon rêve est de trouver un travail ici afin de mieux vivre, mais il reste le problème des 800 euros que doit payer l’employeur, ce qui rend notre recherche encore plus difficile.
Nous prions le maire d’avoir un peu de compréhension pour les enfants ici car leurs parents n’auront pas de toit. Nous voulons vivre comme tout le monde, avoir un travail pour ne pas faire des choses contraires à la loi !
Si on nous expulse en Roumanie, je n’aurai même pas assez d’argent pour recommencer une nouvelle vie.

JPG - 76.4 ko
Sandu et Doïna ©mpv

Romica
Je m’appelle Romica. J’ai 35 ans. J’habite Saint-Etienne depuis 4 ans, avec ma femme et nos 4 enfants de 11 ans, 10 ans, 9 ans et 5 ans.

Je suis parti de la Roumanie à cause de la pauvreté. Le problème principal était le manque de nourriture. Dans notre région beaucoup d’entreprises ont fermé. Je n’avais pas de travail.
J’avais un logement en Roumanie, mais les conditions de vie étaient tellement difficiles que j’ai préféré venir en France pour que mes enfants aient de meilleures conditions de vie.

Aujourd’hui, j’habite en squat et la nourriture est assurée pour ma famille par les associations caritatives. De plus je vends le journal « sans abris », mais je ne gagne pas assez d’argent pour la nourriture et le logement. Je recherche un travail salarié dans n’importe quel domaine.

Je ne veux pas que mes enfants grandissent dans les mêmes conditions que moi.
Pour cela ils vont à l’école et au centre social. Avec l’école j’espère qu’ils vont construire une vie sociale et professionnelle. C’est très important pour moi qu’ils apprennent bien le Français.
Je fais parti du comité de soutien, je participe au groupe santé et au groupe scolarité pour apporter des idées.

Je profite de cette conférence article pour faire un appel à tout ceux qui peuvent nous aider à trouver des solutions pour le travail.
Si je ne trouve pas un travail avant le 15 mars, mes enfants risquent d’être virés du squat. Toute l’espérance sera ruinée.
J’ai peur que mes enfants deviennent des délinquants, s’ils n’ont pas une vie stable.

La clef, c’est le travail.

JPG - 78.3 ko
Romica ©mpv

Violeta
Je m’appelle Violeta. J’ai 38 ans. Je m’occupe seule de mes 4 enfants. Je suis venue en France en 2001, car en Roumanie, j’habitais une petite pièce, sans eau, dangereuse et impropre. Il y avait des rats.

En France, nous avons changé souvent de squat. Depuis Septembre 2006, nous habitons rue Béraud.
Mes filles vont à l’école et au centre social. Elles parlent bien français. Je vais aux réunions du groupe scolarité.

Ici, nous avons un toit, mais nos maisons sont séparées par du plastique et des draps. C’est mieux que d’être dehors. Nous mangeons et nous habillons grâce aux associations. Je n’ai pas d’argent.

Je cherche du travail, mais c’est difficile de chercher et le droit du travail pour les Roumains est difficile à comprendre. Mes deux grands garçons cherchent aussi du travail.

J’espère en trouver vite, car si nous sommes expulsés, mes enfants seront dehors.

JPG - 67.2 ko
Violeta ©mpv

Florian
Je m’appelle Florian, avec ma femme nous avons 5 enfants. Quatre en France et un en Roumanie. Il a 8 ans, il vit avec sa grand-mère. En France les enfants ont de un an à 6 ans. Nous n’avions pas de maison en Roumanie. Je n’avais pas de travail, rien. Les enfants ne pouvaient pas aller l’école.

Notre fils aîné a eu un grave problème de santé, nous n’avons pas pu le faire soigner en Roumanie, nous sommes allés en Espagne ou il a eu un traitement. Nous devons payer cher pour voir le docteur en Roumanie et nous ne pouvions pas payer, nous avons du partir.

Notre autre fils, lui aussi, a un souci de santé, il est soigné à l’hôpital nord. Il doit être opéré le 30 mars.
Notre enfant est suivi au niveau médical. Nous espérons que nous aurons un logement après son opération, pour qu’il puisse rester tranquille.

Nos deux grands enfants vont à l’école. Notre fils aînés a fait beaucoup de progrès cette année, depuis que nous sommes rue Béraud. Il parle mieux français que nous.

Je recherche du travail parce que je n’ai pas de maison, ni en France ni en Roumanie, mais c’est difficile. Je ne sais pas ou aller pour trouver un employeur.

Viorel
Je m’appelle Viorel. J’ai quatre enfants de 3 ans à 9 ans. Avec ma femme nous sommes venus en France car nous n’avions pas d’argent pour payer l’alimentation et l’école en Roumanie. Les aides associatives n’existent pas en Roumanie comme en France. Par enfants et par mois, si les familles ont droit aux allocations, elles sont de 6 euros. Il y a beaucoup de racisme en Roumanie envers les Roms. Pour aller voir le médecin, nous devons avoir des relations ou faire des cadeaux.

Avec ma femme, nous avons grandi à l’orphelinat et nous ne voulons pas la même éducation pour nos enfants. Nous souhaitons qu’ils aillent à l’école, pour se préparer un autre avenir. Qu’ils aient la liberté comme tout le monde, sans différence.

Nous sommes logés rue Béraud depuis Octobre 2006. Nos enfants vont à l’école. Nous sommes très contents car ils progressent vite en Français. Ils vont aussi au centre social de Valbenoite deux fois par semaine et des personnes Françaises les aident à progresser en faisant des activités.

Le logement est grand, mais nous sommes nombreux à le partager. C’est difficile pour que les enfants puissent dormir tranquille et être reposer pour l’école.
Avec ma femme, nous aimerions avoir une pièce individuelle, pour vivre avec nos enfants.

Nous ne retournerons pas en Roumanie car les conditions de vie sont trop difficiles, en France nous sommes parfois obligés de faire les poubelles pour manger et s’habiller, mais c’est tout de même mieux.

JPG - 70.5 ko
La famille de Viorel ©mpv

Forum

Date par Message
11/03 Association ROMANO ILO "LA BOHEME" un petit mot de soutien
Tout ces témoignages m’on émus.Nous avons une association pour la communoté tzigane "ROMANO ILO",nous aidons les familles à s’intégrés(papiers administartifs,santé,école. etc)J’espere que toute ces familles pouront enfin vivre comme tout le monde qu’il pouront avoir à manger, un toit. J’espere que la france réagira tres vite......ZAGORKA romanoilo@hotmail.fr

Poster un message

Warning: Illegal string offset 'nom' in /var/www/vhosts/droits-sociaux.fr/httpdocs/ecrire/balise/formulaire_forum.php on line 145 Warning: Illegal string offset 'email' in /var/www/vhosts/droits-sociaux.fr/httpdocs/ecrire/balise/formulaire_forum.php on line 146
modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Création mcr-consultants, squelettes sous license GPL. Site réalisé avec SPIP